• Ce ventre putride d'où sortaient de noirs bataillons de larves

    Dans Les Exagérés, alors que Victor flâne dans Paris du côté du Quai des Orfèvres sur les traces des journées d'émeutes de septembre 1992, il hume soudain l'odeur d'une manif en cours. Nous sommes le 30 novembre 1986.

    "Cela se sentait comme d'habitude à des bricoles : un tassement des embouteillages, une soudaine tension émanant de la foule sur les trottoirs. Il se passait quelque chose, à quelques rues de là. Une manifestation, sans doute. Il y en avait beaucoup ces temps derniers. Une réforme universitaire est toujours bonne à contester. Des jeunes gens occupaient le pavé et donnaient à Paris un printemps en hiver."

    "Marcher en ville exige un certain sens de l'émeute possible. Cette manif impressionnante était naturellement des plus paisibles. Elle signifiait tout de même que marcher en dehors des clous est un droit."

    "Les gens de la police nettoyaient à leur manière la place Saint-Michel sans se rendre compte qu'ils donnaient aux jeunes manifestants qu'ils traquaient et matraquaient un cours de formation politique accélérée. En moins d'une demi-heure, on était passé de "CRS, avec nous!" à "Flics, fascistes". Deux slogans pas très malins. L'un moins niais que l'autre, toutefois."

    "Je me retournai. Je ne voyais plus trop ce qui se passait, place Saint-Michel. Des motards sortirent de la préfecture de police. Deux sur chaque engin rugissant, de sales équipes. La pègre des "voltigeurs" avec leurs longues matraques flexibles."

    L'homme qui avait relancé en 1986 les brigades de "voltigeurs" créées par le sinistre Marcellin après mai 68 vient de crever. Trop tard à notre goût. Cinq jours après la manif couverte par Victor, deux de ces assassins assermentés s'étaient acharnés dans un hall d'immeuble sur Malik Oussekine.

    Pourquoi Malik Oussekine est-il mort assassiné à 22 ans ? Et pourquoi Pasqua est-il mort dans son lit à 88 ans ? Parce que, comme nous l'a appris la chanson, "les bandits qui sont cause des guerres n'en meurent jamais, on n'tue que les innocents". Pasqua est mort nous dit-on, pour nous il sentait la charogne depuis toujours. Nous portons le deuil de Malik Oussekine et de toutes les victimes de la violence policière d'Etat.

     


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  • Commentaires

    1
    blanchet
    Mardi 30 Juin 2015 à 16:16

    je me rappelle de cet hiver 86, je quittais la manif à regret, j'étais très jeune, tout juste 16 ans...je me rappelle avoir croisé ces voltigeurs sans savoir qui ils étaient et ce qu'ils faisaient. J'ai appris plus tard la mort de malik oussékine.

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