• Connaissez-vous Paris comme Queneau ? : Nerval, Bastille et Passage des Singes

    Réponses aux questions posées mercredi dernier :

    1- Où se trouve l'endroit exact où Gérard de Nerval se suicida ?

    Réponse de Queneau : Il se suicida dans la nuit du 25 au 26 janvier 1855, rue de la Vieille-Lanterne, à l'emplacement exact de la scène du théâtre Sarah-Bernhardt.

    Réponse de JFV : Dans Nous cheminons..., une nuit, Victor, accompagné de Solveig, suit les traces d'Alfred Katz et de Mila à travers Paris ; cela les mène au square de la Tour St-Jacques : "Je la conduisis devant la stèle de pierre marquant l'endroit où Nerval avait été découvert pendu. Suicide.
    - C'était le vendredi 26 janvier 1855, à 7 heures du matin. En réalité, il n'était pas tout à fait mort. Mais la loi interdisait de le décrocher. Le temps que vienne la police, il était passé. (...) La seule vraie énigme que pose cette mort est que Nerval s'est tué en gardant son gibus sur la tête."

    Victor précise : "Nerval est mort, en réalité, à l'endroit où se dresse le théâtre Sarah-Bernhardt. Certains disent : à l'emplacement même du trou du souffleur."

    Nous avons déjà évoqué cela dans un post éphéméride. Et un commentaire d'un visiteur régulier nous rappelait qu'une plaque commémorative existe dans le théâtre de la Ville (ex Sarah-Bernhardt)... pour peu qu'on puisse descendre au sous-sol.

     

    2- Où sont enterrés les combattants de la Révolution de juillet 1830 ?

    Réponse de Queneau : Les 504 Parisiens qui tombèrent lors des journées de juillet 1830 (les 27, 28 et 29) sont enterrés sous la colonne de la place de la Bastille. (Leurs noms sont gravés sur le fût.)

    Réponse de JFV : Dans Bastille Tango, Victor pénètre avec Oscar à l'intérieur de la colonne de la Bastille : "On n'entre pas si facilement dans la Colonne de Juillet. A défaut d'autorisation exceptionnelle bureaucratiquement obtenue, il faut une manif un peu chaude, voire une insurrection pour accéder dans son secret. Ou une très vieille et très intime connaissance des lieux. J'étais personnellement familier de ces diverses possibilités-là."

    Il raconte : "Négligeant l'escalier à vis montant vers le Génie, Oscar m'entraîna vers le bas. Vers la crypte, vers le canal.
    Dans le mausolée sont censés être réunies les cendres des "citoyens français" qui "s'armèrent et combattirent" pour "la défense des libertés publiques" les 27, 28 et 29 juillet 1830. On sait que s'y mèlent les restes de quelques momies égyptiennes, reliquats de la campagne d'Egypte de Bonaparte, malencontreusement jointes aux martyrs. Quelle importance ? Le feu de la Semaine Sanglante ayant mêlé le tout en un crématorium indistinct. Le reste n'est plus que rite."

     

    3- Où se trouve le passage des Singes ?

    Réponse de Queneau : Le passage des Singes va du 43 de la rue Vieille-du-Temple au 6 de la rue des Guillemites, autrefois nommée rue des Singes.

    Réponses de JFV : Le passage des Singes tient une place importante chez JF Vilar. Déja dans Paris la nuit signé en juillet 1982, il parle du "Passage des Singes, dans le Marais, désormais détruit. Entre rue des Guillemites et rue des Rosiers, on construit actuellement un parking de sept étages."

    Dans Passage des Singes dont l'action se situe en septembre 1982, Victor expose des photos à la galerie du Passage, rue des Guillemites : "A quelques mètres, le chantier qui a remplacé l'ancien passage des Singes est en pleine activité. Bulls et caterpillars se déchaînent. C'était un des coins les plus secrets du Marais. Ce sera un parking sur sept niveaux." Il expose notamment une série : "la série précisément du passage des Singes tel qu'il était avant, avec tous les chats, les deux belles grandes portes cochères voutées, les ruines du magasin de primeurs. Quelques autres photos marquent le début de la destruction. Je m'étais proposé de la suivre de bout en bout, histoire d'établir le constat. Je n'ai pas tenu le choc."

    Au début du roman, Victor trouve un message de sa galeriste sur son répondeur : "Tu as réussi une vente, mon vieux. Incroyable mais vrai (pause). Un type, un Américain j'ai l'impression. Il a acheté une photo, celle du passage des Singes, tu sais : avec la pompe à eau et les paniers..." Plus tard, dans la galerie, Locke ("l'Américain") interroge Victor sur cette photo : "Faite à côté aussi. C'est la pompe à eau qu'on trouvait, tout de suite à droite, à l'entrée (...)
    - Je voulais vous demander... c'est bien une citation ?
    - Exact. Eugène Atget a photographié cette pompe, autrefois.
    Il l'a photographiée lors d'un de ses voyages en ville et j'ai trouvé juste de prendre une image aussi fidèle que possible à la sienne, cadrée de la même manière, avec la même lumière.
    - Voyez : j'ai également pendu deux paniers en osier, comme sur la photo du vieux."

     Connaissez-vous Paris comme Queneau ? (2) - Réponses

    (Eugène Atget, photo du Passage des Singes, vers 1911)

    Locke interroge ensuite Victor sur "ces autres photos ?"
    "- Des chats. Ils habitaient dans les maisons vides du passage. J'ai trouvé amusant de les suivre sur leurs autres territoires, dans les vieilles cours du quartier." Victor ajoute que "depuis le temps [qu'il vient] ici, pas mal d'années au total, toutes les portées de chats du passage ont donné des matous noirs, rigoureusement noirs." C'est très probablement une de ces photos de Victor qui illustre la couverture de l'édition originale de Passage des Singes. De Victor ou de Vilar ?

    Dans Bastille-Tango, dans le chapitre situé en mars 1985, passant rue des Guillemites, Victor regrette encore : "Ils avaient détruit depuis longtemps le Passage des Singes. A la place on avait creusé un parking de sept niveaux et, au-dessus, s'achevait la construction d'un immeuble pas spécialement laid. Quelques éléments rappelaient l'architecture du XVIIIe. Dans un an ou deux, avec de la patine et de la crasse urbaine, cela se fondrait dans l'ensemble des immeubles voisins et il n'y aurait plus rien à dire. Tout juste quelques vieilles photos à regarder. La destruction du Passage n'était pas un scandale, une bêtise tout au plus."

    Sur le remarquable site Paris avant, on trouve une photo (d'Atget) d'une entrée du passage vers 1900-1911 et une du portail clos d'aujourd'hui, côté rue des Guillemites : ici.

    Louise Lame et moi avons plus d'une fois patienté devant ce portail, et celui de l'autre côté, rue Vieille-du-Temple : jamais ils ne se sont ouverts, pour nous laisser jeter un oeil sur ce qu'est devenu le passage. Et nous ne voyons pas trop non plus par où pourraient entrer et sortir les véhicules utilisant un parking de sept niveaux ? Affaire à suivre...

    A mercredi.

     


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  • Commentaires

    1
    corneille2
    Samedi 9 Mars 2013 à 19:40

    Bonjour,

    J'ai sous les yeux une lithographie de Paul Adrien Bouroux intitulée "Passage des singes, rue des guillemittes".  On y voit le marchand de fruits et légumes. La litho est des années 1900-1910. Je suis content des informations trouvée sur ce post.

    2
    JPD
    Vendredi 10 Octobre 2014 à 14:37

    Bonjour,


    Pour faire suite à votre article, j'ai réussi à prendre des photographies de l'actuel passage des singes, un matin où les digicodes étaient pleins de tolérance...


    Tout est là ---> http://paris-bise-art.blogspot.fr/


    Bien amicalement.


    JPD

    3
    Lundi 13 Octobre 2014 à 23:12

    Formidable ! Merci beaucoup. J'ai regardé vos photos avec beaucoup d'émotion - certes la déco et les appliques sont immondes et le jardin a l'air à vomir... mais rien que de voir d'un côté le passage avec sa voute arrondie et de l'autre le porche à angle droit, on sait que c'est bien là, que c'était là !Atget est passé sous ces porches, il a marché sur ce sol, il a regardé cette cour... JF Vilar a marché sur ses traces, a regardé avec ses yeux... On a beau avoir passé des couches de peinture blanche, posé des dorures et carrelé les entrées... c'était là ! Quelle émotion, la simple forme de ces 2 porches ! Merci infiniment... et feu aux digicodes !

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