• Ebauche d'une tempête dans un ciel limpide

    Il parait que si Oreste était absent, c'était pour des raisons personnelles. Mais Oreste aurait pu être là. Et cela suffit. Oreste, "leader" de l'autonomie ouvrière aurait dû être avec nous dans ce squat du 20ème arrondissement où il était question de parler du bouquin sur l'autonomie italienne paru à La Fabrique. D'autres "grands noms" de l'autonomie étaient là. Mais on ne sait jamais, il se pourrait qu'il y ait des lecteurs de Vilar avec des grandes oreilles... qui s'égareraient ici, sur un blog consacré à de la littérature délinquante ! On leur dirait de se tirer fissa.

    Bref. Le squat était plein et enfumé. Trop. L'alcool y était mauvais. Peu importe. Enfin, un petit chablis naturel, ça n'aurait pas été de refus, ça aurait pu arrondir les angles. La discussion allait bon train sur la chronologie des événements italiens des années 70. Il s'agissait d'avoir raison, d'emporter la mise. Des jeunes italiens, nés dans les années 80, chipotaient en français sur les dates, comme s'ils avaient été là, témoins de cette manif-ci, de cette bagarre-là avec les flics ou les fachos. Des hommes, presque exclusivement. J'avais envie de leur faire le coup de 76, lors de l'ultime congrès de Lotta Continua, lorsque nous, les femmes, leur avons dit : Basta ! Les mâles, les petits chefs gauchos, les ouvriers, les prises de paroles intempestives ! J'avais envie de grimper sur ma chaise, sur le bar, plantée sur mes talons hauts et leur rappeler "Tremate, tremate, le streghe son tornate !"(Tremblez, tremblez, les sorcières sont revenues !)

    Mais ce qu'on pouvait hurler en 76, on ne le peut plus aujourd'hui.

    En tout cas, les hommes ont parlé de la violence, des Brigades Rouges, des repentis. Et bien sûr, je n'ai pu m'empêcher de me dire que Victor était peut-être au milieu de nous. En train de se foutre un peu de notre gueule sans doute. Oui bien sûr, la question de la violence, ce n'est pas une petite question. Pas chez JFV en tout cas. Mais l'autonomie, qu'elle soit italienne ou désirante, c'est pas tellement son truc. Moi si. Que le mot "désir" soit prononcé pas très loin du mot "lutte" et je rapplique les yeux brillants. Lui, tout comme Adrien Leck dans Etat d'urgence en 1984 aurait dit : "Depuis 15 ans, toutes les âneries politiques avaient eu leur heure de gloire. Si j'avais fait dans un autre genre, je n'avais pas pour autant de quoi me vanter". Certes. On en est là.

    N'empêche, il ne m'est pas impossible de penser qu'en 76, Victor était peut-être à Milan. Son faux pote Adrien dit encore à propos d'un italien retrouvé à Venise : "Je le connaissais. Il avait été l'un des animateurs des "Indiens Métropolitains" à Milan en 1976". Adrien, Victor, JFV ? En réalité, qui était à Milan au cours de l'été 1976 ? Qui était au Parco Lambro lors d'un festival organisé autant par les anars que les totos et l'extrême gauche ? (y avait-il des gens de la Ligue ?) Parco Lambro, le genre d'expérience qu'on vivait à l'époque, racontée par Toni Négri : "Si tu venais d'une hauteur, tu t'enfonçais dans une sorte d'écheveau coloré, enveloppant, aussi dense de désirs qu'exempt de tabous. Les gens dansaient, faisaient l'amour, écoutaient de la musique, passaient doucement le temps à se retrouver, à se sentir unité. Ombres légères à la recherche d'un temps et d'un corps collectif. (...) En réalité c'était un carnaval des pauvres(...) qui se voulait consciemment de libération.(...) Tu commençais à sentir la turbulence. Ce qui arrivait, c'était l'ébauche d'une tempête dans un ciel limpide."

    Ebauche d'une tempête dans un ciel limpide Ebauche d'une tempête dans un ciel limpide

    Des ébauches de tempêtes... Victor dis moi, aujourd'hui dans le ciel de Paris... quelles tempêtes sont-elles possibles ?

     


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