• Quand Maurice Perisset demande à JF Vilar quelles sont ses héroines de fiction favorites, il cite Loulou, Valentina, Juliette, Miss O'Shaughnessy, Louise Lame... et Adèle Blanc-Sec

    Aujourd'hui, cela fait exactement un siècle que le ptérodactyle brisa la coquille de son oeuf au Muséum d'Histoire Naturelle du Jardin des Plantes, le samedi 4 novembre 1911 à 23h45, semant la terreur dans Paris. Quelques jours plus tard, Adèle monte à la capitale et rencontre dans le train un nommé Zborowsky.

    On raconte que ce phénomène se reproduit tous les 100 ans ; Si cette nuit vous vous égarez du côté de la rue Buffon, levez les yeux, restez à l'écoute. Et si vous entendez d'étranges bruissements d'ailes, abritez-vous vite sous une porte cochère.

    Vendredi 4 novembre 2011

    Vendredi 4 novembre 2011

    Quant à Adèle, elle se fait rare depuis plusieurs années. Victor, lui, a quasiment disparu. Peut-on rêver qu'ils reviennent ensemble pour une aventure commune ?

    Vendredi 4 novembre 2011


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  • Nous n'étions pas partis à Sète sur les traces de Victor. Et pourtant...

    Grains de sel

    Dans C'est toujours les autres..., Victor entre dans la librairie La Broyeuse, rue du Jour : "Avant d'arriver à la caisse, regard discret sur les rayons et, miracle, joie et incrédulité, Marchand du sel, édition du Terrain vague, 1959, épuisé, introuvable, est là. Coincé entre un très bon Péret et un médiocre Dali. J'embarque, leur prix sera le mien. Les écrits complets de Marcel Duchamp, ça ne se discute pas."

    Juste en face, cette curieuse enseigne :

    Grains de sel

    Plus loin, dans une librairie, une expo de dessins où nous croisons Desnos :

    Marchands du sel

    Entre la rue Maurice Clavel et la rue Jean Vilar, difficile décidément d'échapper aux fantômes !

     


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  • Dans 95% de réel, tourné en novembre 1994, JFV est en plein "chantier" d'écriture d'un roman, hélas jamais publié : c'est "l'histoire d'une chute. L'histoire d'un homme qu'on retrouve brisé sur la chaussée d'une rue de Prague. Une défénestration".

    "Prague est la ville des défenestrations", conclut Pierre-André Sauvageot. N'étant pas super calés en histoire des royaumes de Bohème, nous n'avions pas saisi la référence. Nous l'avons comprise à la lecture d'un très joli guide qui nous a accompagnés à Prague cet été. Un guide qui a la particularité d'être illustré non par de sempiternelles photos numériques couleur plus ou moins hideuses, mais par des dessins et des peintures : un magnifique travail de l'illustrateur Guillaume Sorel, accompagnant des itinéraires pragois originaux proposés par Christine Coste.

    Nous y apprîmes donc que : le 30 juillet 1419, des manifestants hussites envahissent le nouvel hôtel de ville (Karlovo náměstí, Nové Město) et précipitent par la fenêtre 7 échevins papaux sur les pointes des lances des manifestants restés en bas.

    le 23 mai 1618, des protestants en délégation au Château auprès du roi balancent 3 catholiques par la fenêtre... sur un tas de fumier.

    Là, ça commence à s'appeler une coutume locale.

    Par la fenêtre

    le 10 mars 1948, les communistes, qui ont le sens des traditions, suicident le ministre Jan Masaryk par la fenêtre de sa salle de bains. Il faudra plus de 50 ans pour connaitre la vérité sur cette mort naturelle.

    L'aventure inédite de Victor B à Prague proposait donc une "quatrième défenestration de Prague" : celle de Julius K, juif rescapé du ghetto de Terezin, victime et mouchard comme tout le monde sous la dictature stalinienne, peut-être dissident lors du printemps de Prague, totalement amnésique en tout cas. Pour ce qui est des motifs et des auteurs de sa défenestration, ils se trouvent sans doute dans le manuscrit inédit ; nous attendrons donc la déclassification des archives de JF Vilar...

    Par la fenêtre Par la fenêtre

    Par la fenêtre Par la fenêtre

    Par la fenêtre

    Par la fenêtre

    (Fenêtres pragoises, juillet 2011 : Elišky Krásnohorské 123/10, Bilkova 132/4, Vita Nejedlého 1548/1 (Palác Akropolis), Chlumova 334/7, Václavské Náměstí 778/14, Liliová 247/10)

     


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  • C'est en arrivant à Terezin que nous avons ressenti, Corsaire et moi, que les lieux ne se comprennent bien qu'après les avoir traversés ou s'être laissé traverser par eux. Banalité. Oui mais pas seulement. Sur Terezin nous croyions savoir à peu près ce que nous en avions écrit ici. Les informations collectées formaient en moi comme un kaléidoscope d'images sombres et douloureuses : j'imaginais Desnos arriver au camp après avoir traversé bois et forêts dans une fuite absurde vers la mort, je voyais l'infirmier et l'infirmière tchèques se pencher sur le corps inerte du poète, le reconnaître malgré tout, j'entendais l'orchestre du ghetto modèle jouer au milieu de l'inaceptable et puis j'avais en tête les images du film 95% de réel : JFV devant la piscine où se baignaient les gradés qui surveillaient le camp, images d'une architecture concentrationnaire pleine de fantômes.

    Il y a des années, en février 90, j'étais arrivée dans une Prague muette et ouatée, pleine encore de la stupeur d'une révolution de velours invisible à mes yeux. J'étais moi-même complétement hébétée en marchant entre les tombes du vieux cimetière juif. Dans le petit musée qui le jouxtait, je me souviens de la lumière du jour qui éclairait les dessins des enfants du ghetto de Terezin.

    Avec Corsaire, nous avions décidé d'aller à Terezin avec une sorte d'évidence. Pas un pélerinage. Juste une approche.

    Lorsque nous y sommes arrivés en juillet 2011, nous avons compris qu'en réalité il n'y avait pas qu'un seul lieu mi-camp/mi-ghetto mais deux Terezin : la petite forteresse, prison militaire qui avait surtout servi à entasser dans les pires conditions concentrationnaires la résistance locale et qui avait accueilli à la fin de la guerre les prisonniers qui arrivaient de partout, dont Desnos, et de l'autre côté de la rivière Ohře, un ghetto installé à une demi-heure de marche, dans l'ancienne ville de garnison. Dans les derniers mois, les "habitants" du ghetto avaient été envoyés par fourgons dans les camps d'extermination les plus proches. Un double mouvement donc, la prison se remplissant pendant que le ghetto se vidait.

    Deux lieux. Deux arrêts d'autocar : Terezín Bioveta et Terezin aut.nádr.

    C'est dans le ghetto que JFV voulait que Julius, le personnage central de son roman inachevé, ait passé son enfance. Dorénavant des familles y vivent presque normalement. Des gamins blonds font du vélo dans des allées mornes et rectilignes. Mais c'est pourtant dans la prison que JFV est filmé, comme si le ghetto habité par une nouvelle population ne pouvait constituer aujourd'hui une représentation de l'horreur concentrationnaire, comme si l'on ne savait pas quoi faire des mômes et des tracteurs, du temps qui passe et de l'herbe qui toujours re-pousse entre les pavés.

    Il est alors donné à celui qui arpente, qui franchit à pied la distance séparant la prison du ghetto, de commencer à saisir la complexité du réel ; certainement pas 95% mais une infime partie et ce n'est déjà pas si mal...

     


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  • 43ème anniversaire de la mort de Marcel Duchamp, le mercredi 2 octobre 1968. Sur la tombe où il est enterré avec ses frères et soeurs au cimetière de Rouen est gravée l'épitaphe qu'il avait rédigée. 

    Flaneries

      


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  • 16ème anniversaire de l'enterrement au Père Lachaise, le samedi 30 septembre 1995, d'Ernest Mandel, militant trotskiste historique.

    Auteur de nombreux bouquins d'histoire et d'économie marxistes, Mandel a également écrit Meurtres exquis, histoire sociale du roman policier, publié aux éditions de la LCR, La Brèche, en 1987. JF Vilar en avait signé la préface, intitulée Noir c'est noir (de laquelle est tirée la citation placée en exergue de la collection Babel Noir par son fondateur en 1997 Jean-Christophe Brochier).

    Mandel était mort le jeudi 20 juillet, à 72 ans ; c'est 2 mois plus tard que ses cendres furent transférées de Belgique au Père Lachaise, en "grandes pompes" rouge vif : il se raconte que toute la "famille" trotskyste était présente, un millier de militants venus du monde entier, toutes chapelles côte à côte. Michel Pablo, Krivine, Bensaid, Livio Maitan, l'ambassadeur de Cuba... mais aussi Laguiller et Mélenchon !

    Et JFV, qui cette année-là arpentait encore la ville, un témoin saurait-il nous dire s'il a assisté à l'enterrement du vieux révolutionnaire internationaliste dont le père, militant spartakiste allemand, aurait été ami de Karl Radek et qui lui-même avait été proche de Michel Pablo et de Che Guevara ?

      


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  • Le 9 septembre 2011, en pleine occultation de Vénus par la lune, nous devisions, Corsaire et moi, dans un rade magnifique situé près de l'impasse Rolleboise. Plus précisemment, la nuit étant douce, nous étions assis à même le sol de l'impasse, une bière à la main.

    Au clair de la lune, dans les endroits isolés de Paris, l'on voit toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques. Ainsi les chats de l'impasse se trouvèrent-ils entourés d'un halo de lumière. Ils semblaient attendre que quelque chose se produise.

    Arrivèrent alors deux vieilles, l'une complétement courbée, l'air mauvais, traînant un diable chargé d'un empilement de cartons mystérieux, l'autre la précédent comme une ombre. Tatie Danielle et la Fée Carabine en virée rue des Vignoles.

    Ce n'était pas la première fois que nous les voyions arpenter ce bout de trottoir à des heures indues pour des dames de cet âge. Le mystère fut éclairci, impasse Rolleboise. Les chats se mirent à miauler et à les suivre tandis qu'elles s'enfonçaient au fond de l'impasse.

    Elles nous évoquèrent alors la mémé des Exagérés qui nourrit les chats du square du Temple, cette "vieille dame informe, avec des jupons superposés et des cache-nez". Victor aurait sans doute réussi à échanger quelques mots avec elles, nous ne leur avons pas même extorqué un sourire...

    Ah Victor, les mémés à chats ne sont plus ce qu'elles étaient ! Dorénavant elles patrouillent par deux et opèrent en silence, ignorant la belle humanité ivre qui peuple les trottoirs les soirs de pleine lune...

    Tatie Danielle et la Fée Carabine

    Tatie Danielle et la Fée Carabine

    (impasse Rolleboise, Paris 20e ; photos L.Lame, septembre 2011)

     


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  • 38ème anniversaire du coup d'état militaire soutenu par le gouvernement des Etats-Unis et la CIA, le mardi 11 septembre 1973 à Santiago du Chili, et de la mort dans le palais de la Moneda du président Salvador Allende élu 3 ans auparavant.

    Cet écrasement de l'expérience socialiste chilienne, la dictature et la répression violente qui suivirent (30.000 personnes torturées, plus de 2000 mortes et disparues) furent un des premiers grands traumatismes pour la génération militante passée par mai 68.

    Un grand nombre de réfugié-e-s chilien-ne-s s'installèrent à Paris, avec ou sans ponchos et flutes de Pan. Dans Passage des Singes, Maia est une artiste qui compose des collages d'objets (déchets ramassés dans les rues, tissus, bouts de papiers, petits textes, photos ratées...) dans son atelier de la Villa des Fusains ("une cité d'artistes : des ateliers, des ruelles, un village dans la ville"), au 22 rue Tourlaque, près du cimetière Montmartre. "En septembre 73, les carabiniers de Pinochet ont mis deux jours avant de la déloger de l'hôpital où elle s'était retranchée avec toute son équipe médicale". Son ventre "porte encore, portera toujours ces traces de brûlures de cigarettes". Sur l'électrophone, un disque du poète assassiné Victor Jara : La Partida, Te recuerdo Amanda...

    Aujourd'hui dimanche 11 septembre 2011, les étudiant-e-s et les travailleurs-euses chilien-ne-s en grève depuis 4 mois pour la gratuité de l'éducation, pour une amélioration du droit du travail, pour une redistribution des richesses produites, etc., descendent à nouveau dans la rue.

    ¡ El pueblo unido jamas sera vencido !

    ¡ La lucha sigue !

      


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  • A l'entrée du passage, non loin de l'ampoule emplie d'air de Paris, nous avons installé en guise de boîte aux lettres une reproduction d'une "bouche de lion" vénitienne. Celle du Palais des Doges, où Adrien Leck, dans Etat d'urgence, récupère un indice important : "La Bouche de Lion (ou de la Délation) scellée dans le mur était bien celle photographiée par Carla. (...) La mince grille fermant la gueule avait été légèrement forcée. Juste de quoi glisser une enveloppe. Je la récupérai sans trop de mal, rien qu'une éraflure sur le dos de la main."

    Poste restante

    Nous ne facilitons pas la tâche des facteurs. D'ailleurs nous recevons peu de courrier.

    Cependant nous avions trouvé à notre retour de vacances un message d'un visiteur du passage, qui nous exprimait son intérêt pour notre blog (ce dont nous le remercions)... et sa passion ancienne pour JF Vilar (ce dont nous le félicitons). Il a réalisé un triptyque photo en hommage à JFV sur lequel nous invitons chacune et chacun à aller poser un oeil : ici.

    Et cette semaine, nous avons eu le plaisir de recevoir un petit mot de Noël Simsolo, faisant suite à notre post du 31 août. Nous savions déjà qu'il avait reçu Victor Blainville en personne deux fois dans son studio de France Culture (en octobre 1985 et en août 1991). Dans ce courrier, il nous révélait que Jean-François Vilar était un personnage d'Europe fin de siècle, une fiction qu'il avait créée pour la radio ! Le rôle était tenu par Pierre Clémenti. De quoi alimenter nos rêveries les plus folles...

      


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  • 67ème anniversaire de la naissance, le jeudi 31 août 1944 à Périgueux, de Noël Simsolo, auteur de romans noirs, critique de cinéma, cinéaste, comédien, homme de radio, etc., etc. 

    Ami de JF Vilar qu'il appelle son "frère d'esprit", il l'interviewe en juillet 1989 dans Politis à propos de Hébert. Sur France-Culture, il adapte C'est toujours les autres qui meurent en pièce radiophonique en juillet 1988, il réalise une interview de Victor Blainville en août 1991 et il réalise 5 entretiens avec JFV dans la série A voix nue en octobre 1997.

    Notons enfin que dès octobre 1985, dans Paris d'octobre, Victor est invité à la Maison de la Radio, "pour une émission sur le photographe Eugène Atget", "avec l'ami Noël Sim" : "Longtemps, devant les micros de France Cul, nous parlons du vieux Paris, des documents, de vrais constats, produits par Atget, avant les grandes démolitions du début du siècle. Nous parlons de l'enthousiasme des surréalistes pour ce grand piéton de Paris. Nous parlons... (...)
    Toujours un peu speedé, Noël Sim embraye :
    - On a parfois dit que la photo est l'inconscient de la vue. Vous êtes d'accord ? Vous qui êtes photographe ?
    - Je ne sais pas. On a dit aussi, vous savez, que les vues d'Atget définissaient des sortes de lieux de crimes. Peut-être que le crime est l'inconscient de la rue."

     

    Mercredi 31 août 2011

    (photo et (auto)biographie tirées de Black exit to 68)

    (On en parle aussi ici)

      


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  • Je l'avoue. J'ai quitté Paris. Une première fois pour Prague mais là j'étais toute excusée. J'ai mis mes pas dans ceux de Victor ou bien de JFV, allez savoir... J'ai même un temps filé Sherlock Holmes et ses ombres. Comme une professionnelle. Ma main à couper qu'il ne s'est douté de rien.

    Mais je ne suis pas le genre de personnage à qui l'auteur fait faire ce qu'il veut. J'aime me perdre dans les marges et prendre le large quand il le faut. Après Prague, j'ai donc quitté les villes, les rues, les passages, les réverbères et même la fée électricité. Je suis allée promener mon corps auprès des utopistes, ceux qui agissent en clandestins et construisent des cabanes. J'ai quitté mes talons pour me retrouver pieds nus sur les chemins. La nuit je dansais autour du feu avec la certitude que les luttes sont belles partout : dans les usines, dans la rue et du côté de ceux qui prennent le maquis...

    Mais Louise Lame je suis et je reste. Paris m'attend avec ses trottoirs luisants de pluie, en noir et blanc comme dans les BD de Tardi. Devant chez Victor, le canal m'appelle. Les prochaines nuits, je vais descendre sous le buste de Frédérick Lemaître, dans le souterrain qui mène à la Bastille jusqu'à la colonne de Juillet. J'irai voir si quelques crimes n'ont pas été commis en mon absence. J'irai sentir la nuit, écouter si rien ne gronde...

    Je ne finirai pas comme la passante du canal, croyez-moi. J'ai conservé dans les yeux quelques belles flammes du Dehors...


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  • Un petit bouquin est paru au printemps dernier en poche. Intitulé Connaissez-vous Paris ?, du nom de la rubrique quotidienne tenue par Raymond Queneau dans le journal L'Intransigeant. Chaque jour, du lundi 23 novembre 1936 au mercredi 26 octobre 1938, Queneau posa 3 questions érudites sur Paris (réponses le lendemain).

    Nous allons être absents quelques semaines du passage. Pour celles et ceux qui pendant ce temps s'égareraient ici, chaque semaine apparaitront 3 des questions de Queneau, de celles dont les réponses sont connues des lecteurs de JF Vilar (Questions le mercredi, réponses le samedi).

    Nous commençons par 3 questions dont les réponses se trouvent dans C'est toujours les autres qui meurent et dans Les exagérés :

    1- Quel est le premier édifice de Paris qui fut éclairé au gaz ?

    2- Où est né Michelet, le [21 août] 1798 ? (NB : Etonnamment, la date indiquée dans le bouquin est celle du 22 avril !? Erreur de Queneau, ou coquille de l'édition ?)

    3- Où est mort Mirabeau, le 2 avril 1791 ?

    (Réponses samedi

     


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  • 217ème anniversaire de l'éxécution publique, le 10 thermidor de l'an II (28 juillet 1794), 4 mois après Hébert, place de la Révolution (future place de la Concorde) à Paris, des frères Robespierre (Maximilien et Augustin), de St Just, Couthon et 17 autres révolutionnaires (événement cité dans Les exagérés).

    Et 124ème anniversaire de la naissance, le jeudi 28 juillet 1887, de Marcel Duchamp. Dans un village de Normandie : Blainville.

      


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  • 73ème anniversaire de la signature par André Breton et Diego Rivera, le lundi 25 juillet 1938 à Coyoacán, au sud de Mexico, dans la "casa azul" de Frida Kahlo, du Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant, co-rédigé avec Léon Trotsky.

    Lundi 25 juillet 2011 : "toute licence en art"

     (Diego Rivera, Léon Trotsky, André Breton)

    Cette rencontre entre Breton et Trotsky est un événement fondamental pour JF Vilar ; il en parle longuement dans Nous cheminons...  et dans 95% de réel.

    Maurice Nadeau, qui vient de féter le 21 mai 2011 son 100e anniversaire (il avait donc 27 ans en 1938), racontait en 2007 comment son adresse personnelle avait servi d'adresse administrative officelle pour Clé, le bulletin mensuel fondé par Breton à son retour du Mexique :

    Quelle a été l'influence du mot d'ordre de ce manifeste : "Toute licence en art" ? Qu'en reste-t-il ? Nous y reviendrons...

     


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  • C'est comme au théâtre. Une grande représentation a eu lieu, pendant 3 mois : ça s'appelle mai 68, ça a commencé le vendredi 22 mars, ça s'achève peut-être le mercredi 12 juin. Les actrices et les acteurs seront amenés à jouer d'autres pièces, à partir de septembre - des grandes grèves, de grandes manifs, féminisme, anti-nucléaire, contre-culture, autogestion, communautés rurales, Larzac, homosexualité, luttes des prisonniers, comités de soldats, grève des putes, etc. - pendant plusieurs années. Jusqu'en mai 81 (changement de direction).

    Mais là, en juillet-août 68, il y a un creux dans la saison théâtrale. Mai 68 s'est interrompu un peu abruptement, la rentrée sociale c'est dans 2 mois, il y a une vacance. Il reste une seule scène ouverte, disponible : le festival d'Avignon.

    Difficile de raconter ce qui s'est passé à Avignon en 68. 33 ans après, des versions totalement différentes circulent, selon les sources.

    C'est comme une tragédie. Dont les personnages principaux, tous justes, tous intègres, poursuivent leur vérité et se retrouvent à s'opposer à un moment du récit. Et la destinée les enferme les uns et les autres dans des positions de plus en plus inconciliables. Jusqu'au déchirement final.

    Bon, il y a des rôles de méchants. Indiscutablement. Qui gagneront à la fin, c'est ça l'histoire. Le candidat (de droite) aux législatives Jean-Pierre Roux qui monte la populace contre la troupe du Living Theatre (qui répète depuis mai son spectacle) qu'il dénonce dans un tract comme étant des "freudiens", ce qui semble signifier dans son langage des dépravés, "dont les moeurs sont une injure pour nos jeunes, pour nos travailleurs". Les journalistes de caniveau qui appellent dans leurs torchons Le Méridional ou La Gazette Provençale à expulser la "horde crasseuse" des "enragés", les "énergumènes en haillons", les "étrangers", les "miteux de tout poil, toutes vêtures, couleurs, nationalités imprécises, forbans de tous acabits". Le préfet du Gard qui joue Anastasie, la censure. Le maire (de gauche, parait-il), Henri Duffaut, qui excite les bas instincts de la population, qui entend ordonner au Living Theatre ce qu'ils doivent jouer, puis qui finit par leur envoyer les gardes mobiles pour les bannir de la ville et du pays. Et les gardes mobiles...

    Lectures au passage Lectures au passage Lectures au passage Lectures au passage  

    (le député, le préfet, le maire, le garde mobile)

    Et puis il y a les héros de la pièce. Des gens de théâtre : Jean Vilar, Julian Beck et la troupe du Living Theatre, Gérard Gélas... Et des gens de la rue, amateurs de théâtre, amateurs de palabres...

    Lectures au passage

    (Julian Beck, Jean Vilar et Gérard Gélas)

    Dimanche 30 juin 68, la droite revient. De Gaulle à l'Elysée, vague bleue foncé à l'assemblée. Dans le Vaucluse, JP Roux l'anti-freudien est élu député face au maire socialiste d'Avignon. Ca c'est pour le décor.

    Le jeudi 18 juillet, le préfet du Gard frappe les trois coups, chut ! ça commence. Une jeune troupe du cru, le Chêne Noir, doit jouer sa pièce La paillasse aux seins nus, à Villeneuve-lès-Avignon, dans le Gard, de l'autre côté du Rhône. Le préfet interdit la représentation et fait murer la salle. Gérard Gélas, le meneur de la troupe, franchit le fleuve, se précipite annoncer l'interdiction. Réaction immédiate de la famille du théâtre. Tract, appel à un débat public place de l'Horloge. Charge des CRS, matraque, lacrymos. Classique.

    Le soir-même, c'est la première d'Antigone, un des spectacles du Living Theatre. Ils décident d'annuler et à la place, un meeting s'improvise dans la salle. Des meetings, il va y en avoir tous les jours, notamment au Verger d'Urbain V, où Jean Vilar a prévu un lieu de parole, un forum permanent et ouvert - les échanges vont y être vifs, jusqu'à l'excès, jusqu'à l'incompréhension.

    Le samedi 20 juillet, le Living Theatre joue Antigone, avec les comédiens du Chêne Noir assis en fond de scène, vêtus de noir, de l'adhésif sur la bouche. Réduits au silence et à l'immobilité.

    Lectures au passage

    Pendant ce temps, les politiques font monter la tension : le maire appelle la population à aider à "maintenir l'ordre" face au spectacle qui déborde pour ne pas "nuire au tourisme" et à la prospérité du commerce, la section locale du PC crée un "Comité de défense du festival" composé de sains gymnastes et de rugbymen, les CRS nettoient la rue régulièrement. Seul Maurice Clavel, présent à Avignon, défend dans Combat daté du 23 juillet la "cohérence" des contestataires du festival qui "nous excitent à penser, à tout repenser, à tout refaire".

    Le mercredi 24 juillet, le Living Theatre présente sa nouvelle création, Paradise now, dans le cloître place des Carmes. La foule se bouscule, avec pour certains la volonté politique de rentrer gratos. Julian Beck, partisan de l'abolition de l'argent, s'accroche aux grilles et encourage la resquille. Mais Jean Vilar, pour qui les artistes sont des travailleurs comme les autres et pour qui tout travail doit être payé, supervise le filtrage des entrées. Première dissension.

    Le lendemain, nouvelle représentation. Salle archi-comble, tout le monde n'a pas pu entrer. Après un moment, Beck fait ouvrir les grilles et continue le spectacle dehors, entraînant le public dans une déambulation nocturne et imprévue dans les rues.

    Pour Vilar, la scène théâtrale est le lieu où permettre aux mots de la rue de continuer à s'exprimer, à l'abri des charges de flics. Pour Beck, la rue est le lieu où permettre aux mots du théâtre de continuer à s'exprimer, au contact du réel enfin.

    La famille du théâtre se déchire. Dans la rue, chacune et chacun comprend ce qu'il peut à la pièce. Des manifestants au slogan facile trouvent malin de scander "Béjart, Vilar, Salazar" (Salazar est le dictateur qui étrangle alors le Portugal). D'autres sont sensibles à la figure tragique de Jean Vilar, seul au milieu de la tempête, répondant toujours à toutes les apostrophes, défendant envers et contre tout ses convictions.

    Lectures au passage 

    Le maire (de gauche, donc) profite de la confusion : il ordonne au Living Theatre de cesser les représentations de leur pièce Paradise now, puis finit par leur envoyer les gardes mobiles pour les bannir d'Avignon et les raccompagner à la frontière ! Le mercredi 31 juillet, Vilar vient saluer Julian Beck et assiste, impuissant et désespéré, au départ sous escorte des 4 minibus VW du Living Theatre.

    La famille du théâtre se déchire. Les politiques et les flics triomphent. Baisser de rideau.

    Dans les rues d'Avignon en juillet 68, il y a peut-être un militant communiste révolutionnaire de 21 ans. Qui sait ce que Jean Vilar a apporté au théâtre populaire, à la culture. Qui a assisté dans ses jeunes années parisiennes à des représentations au TNP. Qui n'aime pas les rimes trop faciles. Ou les effets de meute, surtout contre un homme seul. Dans l'orga dans laquelle il milite, chacune et chacun cache plus ou moins son identité sous un pseudo. Le sien sera "Vilar". Plus tard, quand en partie par hasard il écrira un roman noir, il conservera ce pseudo.

    Laissons le dernier mot à Vilar (Jean-François). Dans Nous cheminons..., Victor raconte sa rencontre avec une comédienne : "(...) je l'avais rencontrée dans le tumulte d'un chahut affligeant. La contestation du festival "bourgeois" s'imposait, paraît-il. "Vilar-Béjart-Salazar" avait été le slogan de quelques crétins auréolés par Mai. L'équipe du Living Theatre apportant son actif concours à cette confusion lamentable, défendant sa petite boutique, ses minuscules audaces. A l'ombre du palais des Papes s'était rejoué un triste remake de l'occupation du théâtre de l'Odéon, qui déjà n'avait fait honneur à personne. Jean Vilar, n'étant pas Barrault, avait refusé de s'incliner devant la putasserie ambiante. Marine m'avait accroché lors d'une bousculade. "Ce sont vos amis ?" Je ne la connaissais pas. Elle écumait, elle pleurait. "Vilar-Salazar ! C'est tout ce qu'ils ont trouvé. Quelle imagination !" Parmi ceux qui vociféraient, son metteur en scène, la plupart de ses partenaires. Pas mal d'autres types que, dans la foulée du lyrisme des émeutes de Mai, j'aurais spontanément appelés "camarades". Avignon et l'offense faite à Jean Vilar mirent fin à cette compromission poisseuse."

    Lectures au passage

      

    NB : Un dossier très fourni, comprenant notamment une revue de presse de l'époque et de nombreuses photos, peut être lu ici.

      


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