• 90ème anniversaire de la première (et unique) excursion-visite du groupe Dada parisien, le jeudi 14 avril 1921 à 15h, dans le jardin de l'église St Julien-le-Pauvre, choisie pour son absence d'intérêt.

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    Seule la pluie était au rendez-vous.

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    Cette action (évoquée par Vilar dans Paris la nuit) est souvent présentée comme étant passée totalement inaperçue, un échec complet... Dont on parle encore 90 ans plus tard !

      


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  • Dans Paris énigmes, court texte paru dans Les vacances, Autrement n°111, JFV nous explique comment partir en voyage à Paris quand on a la chance d'y habiter. Car "contrairement à la flânerie, le voyage nécessite une méthodique préparation" : prévenir ses connaissances que l'on sera absent, laisser le courrier s'entasser dans sa boîte aux lettres pendant toute la durée de ses vacances, et puis surtout, préparer son séjour, lire des guides, prendre des notes préparatoires, se programmer à l'avance des visites rationnelles, à thème, un quartier, des musées...

    Nous partons en voyage à Paris quelques jours. En touristes. Appareil-photo (Nikon FM argentique) et terrasses de cafés. Départ le mardi 12 en début d'après-midi. Sur les traces d'Hébert, le circuit des passages couverts... Avec sans doute un petit saut dans le 16ème des villages. Et peut-être serons-nous le jeudi 14 dans les jardins de l'église St Julien le Pauvre ? Sous un parapluie ?

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    (photo L.Lame, été 2010)

      


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  • Une bibliothèque c'est un peu comme une carte plus ou moins détaillée de certains territoires. On y trouve des péninsules, des ilôts, des continents entiers. Parfois simplement des rues voire des impasses. Les étagères forment comme des limites évolutives entre des espaces cohérents : là les ouvrages sur Paris, en dessous la poésie, les romans noirs tout en haut, la philosophie, le surréalisme côte à côte. Au milieu les livres subversifs : anarchisme et érotisme pêle-mêle. A portée de main il y a une étagère où les livres au fur et à mesure de leur acquisition repoussent sociologie et linguistique, l'étagère réservée aux bouquins de Jean-François Vilar. La semaine dernière encore deux catalogues d'exposition ont rejoint l'alignement disparate puisque Vilar a pratiqué des formats divers : revues, port-folio, livre-objet, livres de photo, livres de poche jeunesse, plaquette... Là, la cartographie se veut la plus exhaustive possible. Il s'agit de tout posséder. Tout ce que l'on peut trouver. A l'exception peut-être de ces réeditions de poche sorties chez J'ai Lu entre 85 et 88...

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    Il y a une esthétique années 80 qui malgré un certain revival actuel nous échappe encore.

     


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  • Louise Lame (merci à elle) a retrouvé la citation de JFV qui m'avait fait défaut dans un post précédent. C'est dans 95% de réel, JFV dit : "Je crois qu'une ville se définit en tant que vraie ville à partir du moment où elle a su soit volontairement soit involontairement se doter de passages".

    Ailleurs, dans un entretien inédit récemment publié, JFV précise le projet de départ de C'est toujours les autres qui meurent : "tout le catalogue Duchamp devait y passer, ou tous les passages parisiens. Sur les passages, je n'ai pas complètement tenu le pari (...)".

    Les passages couverts (de verrières) parisiens, qui ont tant fait couler l'encre de Walter Benjamin. Environ 130 passages couverts, construits entre 1786 et 1860. A une époque où il n'y pas de trottoirs dans les rues. Egouts coulant au milieu, et voitures à chevaux déboulant sans prévenir. Pas cool pour les redingotes. Et dangereux, aussi.

    Moins de 20 passages encore présents quand JFV écrit (et jusqu'à aujourd'hui). 8 sont évoqués dans ses bouquins.

    Commençons par le commencement. Passage du Caire (2ème arrt). Puisque, nous l'avons déjà écrit, le  premier roman de JF Vilar y commence. Et que c'est le plus ancien des passages encore existants (1799).

    Et puis :

    Galerie Vero-Dodat (1er arrt, 1826) (nous en avons déjà parlé ici)

    Galerie Vivienne (2ème arrt, 1823) 

    Passage des Panoramas (2ème arrt, 1800)

    Passage Jouffroy (9ème arrt, 1845)

    Passage Verdeau (9ème arrt, 1847)

    Passage des Princes (2ème arrt, 1860)

    Passage du Prado (10ème arrt, 1830)

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    (Galerie Véro-Dodat, photo non signée illustrant l'annonce, dans le programme du 7ème festival du roman et du film policier de Reims, de l'exposition "Quelques images en quète de crime, photographies de Jean-François Vilar", du 25 au 27 octobre 1985)

     

    A l'instar de JFV écrivant Paris d'octobre pour "boucler" le projet inachevé par Léo Malet d'écrire Les Nouveaux Mystères de Paris en 20 épisodes dans 20 arrondissements, qui écrira les aventures de Victor B à travers les passages couverts non cités par JFV ? En voici la liste :

    Passage du Ponceau (2ème arrt, 1826)

    Passage du Bourg l'Abbé (2ème arrt, 1828)

    Passage du Grand Cerf (2ème arrt, 1825)

    Passage Choiseul (1825) / Passage Ste Anne (2ème arrt, 1829)

    Galerie Colbert, (2ème arrt, 1826)

    Passage Brady (10ème arrt, 1828)

    Passage Vendôme (3ème arrt, 1827)

    Galerie de la Madeleine (8ème arrt, 1845)

    Passage Puteaux (8ème arrt, 1839)

    Passage du Havre (8ème arrt, 1845)

    Enfin, hormis les passages couverts, typiques d'une certaine époque de Paris, il existe d'autres "passages", à ciel ouvert, qui participent aussi de la géographie mystérieuse de Paris et des flâneries de JF Vilar. A commencer par feu le Passage des Singes. Bien sûr. Nous en parlerons sans doute une autre fois...

     


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  • Je dois avouer que j'ai du mal à utiliser internet pour mes achats de livres. Les livres s'achètent en librairie. Les librairies sont des lieux de vie et de désirs. Dans les librairies lisent les libraires qui font lire les lecteurs et parfois - mais c'est plus rare - des non-lecteurs. Aussi quand nous avons trouvé la référence d'un texte écrit par JFV sur Pierre Molinier j'ai d'abord fait le tour des popotes, ma notice à la main : La grande mêlée, éd. In extremis, 2001. Je  suis allée partout : Beaubourg, Palais de Tokyo, Les mots à la bouche, tous les lieux branchés photo, tous les endroits susceptibles de posséder en rayon des ouvrages sur l'étrange Mr M. Chez Violette and co j'ai fini par avoir en main Je suis né homme-putain, ce qui n'était déjà pas si mal. Mais de "grande mêlée" point.

    Il a donc fallu effectuer une transaction marchande sur le net.

    Il a donc fallu attendre que l'objet envoyé se retrouve dans ma boîte aux lettres.

    Il a donc fallu ôter de multiples couches de protections (papiers à bulles, plastiques, carton, gros scotch) tout en marchant.

    Il a donc fallu s'arréter dans un jardin public, s'asseoir sur un banc au soleil de préférence et ouvrir le livre sur la reproduction de la Grande mêlée sous le regard courroucé de la petite vieille qui était à ma gauche.

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    Il a donc fallu tenter de comprendre le classement des 100 textes. Trouver un texte de Michèle Lesbre puis reconnaître l'écriture manuscrite et la signature de Jean-François Vilar.

    Ce texte est un des derniers qu'il ait accepté de publier. Les rares textes parus depuis 2000 sont uniquement des textes sur des artistes.

    Comme il y parle de bordels et de désir, nous y reviendrons. Forcément.

     


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  • 217ème anniversaire de l'exécution publique le 4 germinal de l'an II (soit le 24 mars 1794) de Jacques-René Hébert, le plus fameux des Père Duchesne, "porte-parole de la sans-culotterie". Arrêté dans la nuit du 13 au 14 mars, emprisonné à la Conciergerie, jugé en urgence à partir du 21 mars, condamné à mort le 24, mené dans la charrette jusqu'à la place de la Révolution (rebaptisée place de la Concorde fin 1795) et guillotiné à 6 heures du soir par le bourreau Sanson (4ème du nom).

    Hébert apparait dans Les exagérés et La grande ronde du Père Duchesne, rue Saint-Antoine. Interviewé en juillet 1989 par Noël Simsolo dans Politis n°69, JF Vilar annonce qu'il "achève une assez copieuse biographie d'Hébert". Dans 813 n°33 (paru en décembre 1990), il écrit encore qu'il "travaille pour Calmann-Lévy, énorme travail, à une grosse biographie d'Hébert". Jamais éditée. Il faut dire qu'à l'époque JFV doit très certainement commencer Nous cheminons... et Prague cristallise de nouveaux désirs. Fin de la période révolutionnaire ? En tout cas cette biographie d'Hébert nous aurions aimé la lire...


             AVANT                   APRES

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                                 (Masque mortuaire en cire

                                         moulé par Mme Tussaud)

     


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  • Au début de C'est toujours les autres qui meurent, Victor descend en bicyclette "aux Halles qui, comme chacun sait, n'existent plus. Plus de pavillons, plus de criée, plus de forts, plus de folklore, même plus de trou".

    L'action du roman se situe en juin 1981. Victor décrit "ce quartier informe, son bordel permanent, le vacarme des bulls et des caterpillars, l'horreur du Forum, l'énorme blague du reliquat de trou avec son eau verdâtre qui stagne au pied de la Bourse du commerce".

    Il faut dire que depuis 1977-1979 une gare RER et le Forum des Halles ont recouvert une grande partie de l'immense chantier commencé en 1971.

    Dans Paris la nuit, écrit en 1982, JF Vilar précise : "Certes, dans le genre "trou", on est loin de l'ancêtre : celui qui succéda à la destruction des "parapluies" de Baltard était gigantesque". Le fameux "trou des Halles".

    "Il n'y avait qu'à franchir la palissade. On dégringolait prudemment les éboulis, on évitait les épaves, on contournait les machines tapies dans la pénombre. En bas, c'était le chaos. Comme si les fortifs de la belle époque ressuscitaient : une zone indistincte et floue, non plus à la périphérie honteuse, mais dans la fibre même de la cité.

    Le ron-ron de la nuit programmée : bistrots, boîtes et studios galants (mais à cette époque, les bons vieux hôtels de passe l'emportaient encore largement, rue Saint-Denis), tout cela était loin : en haut, ailleurs. En bas, plus rien n'était repérable et tout était possible pour quelques heures obscures : une rencontre bouleversante, l'amour, un mauvais coup. Ou rien. Rien, bien sûr, la plupart du temps."

    "Un cinéaste italien imagina d'y rejouer la conquète de l'Ouest", raconte encore JFV dans Paris la nuit. Le cinéaste s'appelait Marco Ferreri, le film Touche pas à la femme blanche. Western plus parodique que spaghetti. Eté 1973, le "trou" à son apogée. Plus de 10 hectares de terre retournée. Quand la poussière soulevée par les colonnes de chevaux retombe, ou derrière les gros plans sur les personnages principaux du film, on aperçoit des maisons qui ne sont pas typiques des villes du Nouveau-Mexique.

     


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  • La première fois que nous sommes entrés à la Bilipo, Corsaire et moi, la bibliothécaire nous a parlé de son départ, le lendemain, pour Prague où elle devait intervenir dans un colloque sur le roman noir. Nous avions à cette période perdu la trace de Victor et celle de JFV quelque part entre Paris et Prague. Justement. La coincidence était belle et nous nous étions dit qu'il n'était pas impossible que la bibliothécaire rencontre l'un ou l'autre au sortir d'un passage ou en remontant la rue de Paris.

    C'est en lisant le dernier roman de Michèle Lesbre que je me suis souvenue de cette histoire. Quand je lis Michèle Lesbre, je pense toujours à la Bilipo et à sa bibliothécaire parce que c'est elle qui me l'a fait connaître. C'est elle qui nous a dit que Michèle Lesbre connaissait Jean-François Vilar.

    Le roman dont je parle s'appelle Un lac immense et blanc. Quelqu'un que je ne connais pas me l'a offert avant sa sortie prévue en avril. J'étais seule dans un des cafés au pied de la Tour Saint-Jacques. Les tables y sont si serrées que vous n'avez pas d'autre choix que de lever les yeux sur votre voisin. C'est lui qui m'a donné le livre. Pour mes beaux yeux je crois.

    Si je pense à la Bilipo, à sa bibliothécaire  c'est  que la narratrice du roman parle elle aussi d'un voyage à Prague. Elle y sent, autour d'elle, la présence d'un ami disparu. Elle convoque Bohumil Hrabal. Et Karel Pecka. Ce dernier a écrit un roman - publié en France au lendemain de la "révolution de velours" - où il est question d'un homme qui décide de vivre dans un passage. Le passage Lucerna.

    En lisant le roman de Michèle Lesbre qui parlait du roman de Pecka je me suis dit que Victor avait peut-être rejoint l'homme dans le passage, qu'ils y vivaient encore tous les deux.

    Quant à moi, je me souviens avoir été à Prague en 1990. Tout y était étrangement silencieux. Les habitants avaient des regards de fantômes. On buvait des bières dans des cafés ouvriers ou les hommes se parlaient comme on conspire. Par habitude. Peut-être y ai-je croisé alors sans les reconnaître Michèle Lesbre, la bibliothécaire, Victor B, JFV, le héros de Pecka, peut-être...

    Dis, Corsaire Sanglot... je retournerais bien à Prague... t'en penses quoi ?

     


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  • A la différence des cimaises des musées, les peintures sur les murs des villes s'inscrivent autant dans l'espace que dans le temps. JF Vilar a souvent parlé d'art urbain (graffiti, pochoirs...). L'art des rues parisiennes des années 80. Nous parlerons peinture un de ces jours.

    Lundi 7 mars 2011, au matin. Un grand mur peint, au niveau du 16-18 rue des Pyrénées, près de Nation. Moi Corsaire Sanglot je m'arrête, je pose mon vélo contre le mur. Photo.

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    Dans les aventures de Victor, il y a la musique qu'il écoute chez lui (disques, cassettes), et celle qui passe dans les cafés, dans les juke-boxes (c'était un temps où il y avait des juke-boxes dans les cafés, pas du sport sur des grands écrans plats !). Nous parlerons musique un de ces jours.

    Gainsbourg est cité en 3 occasions. Dans Paris d'octobre il est question un matin (le 10 octobre 1985) du dynamitage pendant la nuit de la façade du Casino de Paris où il doit donner un concert ("Rue de Clichy, Gainsbourg hausse les épaules, jette son mégot de Gitane, l'écrase soigneusement au milieu des gravats de marbre..."). Les paras et les fachos n'aimaient pas à ce moment-là sa version rastaquouère de la marseillaise.

    Et puis... en janvier 1985, dans En rade, Victor entend un Gainsbourg dans le juke-box d'un rade de la rue du Faubourg du Temple. Neuf mois plus tard, dans Paris d'octobre, c'est le même morceau que Lady l'Arsouille sélectionne dans un autre juke-box, cette fois dans un café du 9ème. Musique.

     


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  • Les rades c'est la vie. Je ne vois pas bien ce que je pourrais rajouter. Sauf que. Au moment ou je suis dans mon rade et que je laisse le temps s'écouler de cette étrange manière qu'a le temps de s'écouler dans les cafés, je pense à certains bistrots qui disparaissent. Corps et âme. Comme "la Capitale", le café de Victor.

    Dans un post précédént nous nous interrogions sur le nom du café : s'appelait-il vraiment "La Capitale" comme le journal où travaillait Fandor dans Fantomas ? Des lecteurs du blog nous ont aidé depuis à trouver quelques réponses.

    Au début du XXe siècle, le café s'appelle "A la Capitale".  A regarder cette photo, on imagine volontiers Fandor justement sortir du tram à la poursuite de Fantomas, perdre sa trace et aller boire un verre d'absinthe, dépité, à la terrasse du café.

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    (Un correspondant nous a transmis cette carte postale, non datée. Le "tramway funiculaire de Belleville" a été en service de 1891 à 1924) 

    Au moment ou Victor emménage quai de Jemmapes (vers 1979), nous ne savons pas comment s'appelle le bistrot. Mais un jour il change de nom, il devient "La Capitale Balkane" comme on peut le voir sur cette photo prise par un correspondant, lecteur de Vilar et un peu photographe. Que la Capitale soit devenue balkane n'a pas l'air de plaire à JFV qui jusqu'à la fermeture lui préfère son ancien nom.

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    (photo Didier Buty, octobre 1989)

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    (Le Bon Accueil juste à coté s'est transformé depuis en "Les bérets verts" et est devenu tout de suite moins accueillant...)

    Samedi 2 décembre 1989, dans Nous cheminons..., Victor descend comme d'habitude acheter des journaux au kiosque devant "la Capitale" ; il apprend que le bistrot va fermer à la fin du mois ("Le bruit courait de l'installation d'un McDo").

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    (photo Didier Buty, janvier 90 - Les travaux ont commencé)

    En 1996, alors que Victor a disparu entre Paris et Prague, Serge Quadruppani confirme dans une nouvelle publiée dans Paris, rive noire : "ils passèrent devant l'établissement qui s'était appelé La Capitale puis La Capitale des Balkans et se nommait à présent MCDonalds."

    Il y a les rades qui disparaissent dans l'oubli et ceux, qui même transformés en fast-food, continuent à exister de romans noirs en romans noirs.

     


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  • En relisant Paris d'octobre, soudain quelque chose nous frappe : passant dans le 13e arrondissement, Victor rend visite à Dominique Gaultier, libraire à la Butte aux Cailles et co-fondateur des éditions du Dilettante ("J'aime le chat dormant sur un livre ouvert qui sert d'emblème aux bouquins qu'il édite"). 

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    Quelques jours plus tard, poursuivi par des tueurs, il se réfugie dans la librairie de son ami Dominique Lattron, dans le 19e arrondissement cette fois.

    Dans En rade, nouvelle parue en 1985 dans la revue Après la plage, Victor boit un blanc sec dans un petit café rue du Faubourg du Temple. Il voit débarquer au zinc Dominique, libraire de la boutique d'occasion du coin, qui parle de la météo en citant des auteurs : un temps à la Goodis, à la Simenon, à la Malet...

              *          *          *

    Rue Barrault (n° 11), la librairie "La Commune de la Butte aux Cailles" n'existe plus. Mais les éditions du Dilettante sont toujours actives, et Dominique Gaultier les anime toujours, il a juste déplacé sa librairie rue Racine, près de St Sulpice.

    Au 30 rue Bouret, la librairie Puce a baissé son rideau de fer qui rouille inéluctablement. Et Dominique Lattron, rédacteur avec JFV et une poignée d'autres de la micro-revue Vendredi 13, pataphysicien possédant l'unique portrait officiel d'Absoulis l'Abscons, a parait-il cassé sa pipe.

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    Nous ne trouvons pas trace de librairie au coin de la rue du Faubourg du Temple. Ce Dominique-là a-t-il existé ou n'est-il qu'un libraire de roman, prénommé Dominique comme il se doit ?

              *          *          *

    Victor et JFV ont aussi beaucoup fréquenté la librairie La Terrasse de Gutenberg, à l'angle de la rue de Prague et de la rue Emilio Castelar (Paris 12e). Nous en avons parlé dans un post précédent. La libraire ne s'appelle pas Dominique mais Michelle.

     


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  • Il y a des quartiers entiers qui échappent à la curiosité de Victor. Par exemple, hormis le Père Lachaise dans Paris d'octobre et les premiers locaux du journal Le Soir sous la gare désaffectée d'Avron, sur la "minuscule colline de Charonne", il flâne assez peu dans le 20ème. La librairie Le Comptoir des Mots, place Gambetta, ne pourrait donc se trouver sur un circuit "le Paris de Victor Blainville". Dommage, je me serais assez vue, un parapluie rose à la main vous servir de guide sur les hauteurs de Belleville. Mettons entre le mur des fédérés et, débordant de quelques pas dans le 19ème, l'ancienne rue Compans. Nous aurions essayé de retrouver l'emplacement du café "Chez Victor" où a été tourné une des scènes de Jules et Jim. Mais je m'égare. Et vous égare.

    Le Comptoir des Mots, donc. En ce moment, la librairie consacre une partie de sa vitrine et une grande table au Paris noir. Les livres de Jean-François Vilar y figurent bien sûr, aux côtés de Rue des Maléfices de Yonnet et autres récits du merveilleux urbain.

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    On reparlera du Comptoir d'ici peu  quand Michèle Lesbre (partie il y a quelques années chercher Victor à Prague) viendra y signer son prochain "récit" : Un lac immense et blanc.

    Par ailleurs le canapé, près du rayon érotique, est fort confortable. Rouge dans mon souvenir.

     


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  • C'est un objet important dans Bastille Tango. Un roman qui "tient les minutes" en temps réel de la destruction de tout un coin de ville, place de la Bastille. L'embarcadère de Vincennes de la vieille gare, le cinéma Paramount-Bastille (anciennement Le Lux), la brasserie La Tour d'Argent. Les immeubles et les petites boutiques de la rue de Charenton, de la rue de Lyon. Les cafés (Le Hêtre de la Bastille, La Bretagne). L'armurerie Guyot, 48 rue de Lyon. Avec son enseigne singulière : "le Bras Armé, comme jaillissant du mur."

    "Une chose curieuse, ce Bras. En stuc ou en plâtre. Avec une manche peinte en rouge et, serré dans le poing fermé, un fusil. (...) Quelle était la mesure de ce Bras disproportionné, excroissance incongrue d'un géant passe-muraille ? Deux mètres ? Ou plus ? Et le fusil devait bien en faire autant."

    "Un soir, il y avait de cela une quinzaine, chez Julio et tout en sirotant l'inévitable maté, j'avais dû dire : "Puisqu'ils détruisent tout, qu'est-ce qu'ils vont faire de ce Bras ?" Qui allait le récupérer ? - Toi, si tu veux, avait répondu Julio."

    Aidé par Julio, son lasso, sa scie et sa camionnette, Victor le décroche et le ramène chez lui, quai de Jemmapes. Il encombre un moment le living, les chattes tournent autour avec circonspection, Victor jubile : "ce truc était là et c'était bien. Inespéré. Aussi précieux qu'une flèche de Notre-Dame, qu'un bout d'escalier de la Tour Eiffel ou que la pompe à eau du Passage des Singes. Bout de Paris désormais à moi, en sécurité." 

    Finalement, aidé par les peintres de rue les Mi Noche Triste, le Bras Armé est fixé sur le mur du living, entre les 2 fenêtres donnant sur le canal : "Il gênait un peu le passage, entre la table-échiquier, le fauteuil thaïlandais et Laureen, un de mes mannequins d'étalage récupéré dans une benne. (...) Je suis de ceux qui jettent peu et récupèrent beaucoup, sans vrai souci de collection, comme on cueille."

    Grâce à l'excellent livre Panique à Paname de Marc Lemonnier aux éditions Parigramme, nous avons une photo de l'objet. Quand il était encore sur son mur, tendu vers la place de la Bastille.

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    Quant à Louise lame et Adèle Blanc-Sec, elles semblent aussi circonspectes que les chattes de Victor. Elles m'ont dit comprendre le désir de posséder tout un tas d'incongruités chez soi, Adèle avouant même un faible pour les momies d'appartement... mais un bras armé d'un fusil de 2 mètres ?

     


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  • Il y a des endroits de Paris qui sonnent creux. Blancs, vides, des blocs de silence. On y marche comme avec des pantoufles. On espère une quelconque embrouille de carrefour qui mettrait de l'animation. En vain, généralement. Les habitants sont imprégnés de l'esprit du lieu, pas un mot plus haut que l'autre, des regards baissés, le moins de gestes possible. Pas d'esclandre, nuls éclats.

    Rue de Vaugirard puisqu'il s'agit d'elle. Nous longeons un immense commissariat dont la plaque nous apprend qu'il a été inauguré par Pasqua, Chirac et Balladur. L'envie nous prend de changer de trottoir mais le complexe d'hôtellerie internationale qui se trouve juste en face ne nous tente guère plus et avec un peu de malchance il aura été inauguré par un autre larbin du capitalisme.

    Nous continuons donc. Ce que nous cherchons ne doit pas se trouver bien loin de la maison poulaga version Ricardo Bofill. Quelque chose de plus modeste, une boutique de bouquiniste, celle de Blaise Faible, l'antipathique personnage de Nous cheminons...

    Nous savons qu'en 1938 Alfred Katz "situait précisemment le bouquiniste rue de Vaugirard, entre la rue du Général-Beuret et la place Adolphe-Chérioux. Tant il est vrai que les rues du XVe arrondissement semblent vouées à la mémoire des héros injustement méconnus". On ne lui fait pas dire. En 1989, Victor B retrouve la boutique, elle est "étroite, avec des boîtes sur le trottoir. Quoi ? Des vieux polars comme il convient, Série Noire cartonnée, vieilles revues Ellery Queen, Mystère mag. Un Mystère, La Chouette. Des livres aussi de Calet, de Guèrin. Des Huguenin, beaucoup de Céline, de Drieu. Tout un programme écléctique un peu trop proclamé".

    En 2011, le bric-à-brac a fait place à du velin, doré sur tranche. Il n'y a plus de bacs à l'extérieur mais des statues en devanture. Les temps changent.

    Bibliothèque Bibliothèque

    Sur la porte vitrée nous pouvons lire le nom du libraire. Pas Blaise Faible, non...

    Bibliothèque

    Nous entrons, en imaginant que nous allons entendre un récit du type "Ah mais oui, Jean-François, nous étions ensemble en classe, il me tirait les nattes...." Mais Marianne Katz nous écoute, avec des grands yeux éberlués : un auteur, Vilar, dont elle connait à peine le nom, un personnage nommé Katz qui serait passé dans le coin en 1938, dans un roman qu'elle n'a pas lu, paru en 1993... Elle nous dit avoir repris la boutique en 2001. Elle ne comprend pas grand chose à notre histoire...

    Nous, on commence à entrevoir la porosité des cloisons entre fiction et réalité... même rue de Vaugirard.

     


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  • Victor B est un flâneur. Il traverse Paris, à pied. Ou à bicyclette. Victor "déteste tout ce qui a un moteur". 

    JF Vilar dit quelque part dans une interview qu'il préfère le mot bicyclette au mot vélo. Après, il est comme nous tous... le mot qu'il n'aime pas lui échappe, parfois, quand même...

    L'action de C'est toujours les autres... commence le 19 juin 1981. Victor vient d'accrocher son vélo "près du monument de la très belle et très inutile porte Saint-Denis", et le récit démarre quelques minutes plus tard lorsqu'il entre passage du Caire. Le lendemain, après une crevaison, il monte son engin sur l'épaule jusqu'à son 4ème étage ; il l'y répare, "fourche en l'air, au milieu du séjour".

    Dans Passage des singes, situé en septembre 1982, Victor décrit son vélo à Kiki : "made in Britain, pratique, robuste, sobre (tout noir)" et il lui fait "admirer le jeu complexe du dérailleur".

    Le 11 février 1984, Victor abandonne la "vieille Mercier, cabossée et rouillée par l'usage" qu'il utilisait (depuis quand ? Mercier n'est pas une marque anglaise !). Il vient de se procurer une Raleigh Granada (made in Britain, à nouveau !), il la rode le long du canal St Martin, deux jours plus tard, au début du récit de Tandem (dans Tango n°3).

    Cette bicyclette solide et fiable va lui durer plusieurs années. C'est juché sur sa selle qu'il traverse Bastille Tango, Paris d'octobre (il y décrit son vélo comme "une sorte de Rolls à deux roues"), Les exagérés et Nous cheminons...

    A quoi ressemble une bicyclette Raleigh Granada ? Description dans Tandem : "plutôt lourde et très sobre, chic même (cinq vitesses, noire de cadre et chromes brillants)", "selle confortable (mousse et cuir)".
     
    Ca pourrait ressembler à cette bicyclette Raleigh Granada ci-dessous (avec la selle plus haute - Victor mesure 1m90) :

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    Dans Les Exagérés, Victor nous apprend qu'il y a rajouté des sacoches, le jour pour ranger des bouquins achetés à la librairie Le Minotaure, la nuit pour les garnir "de nourritures diverses pour les chats de rencontre."

    Un mystère demeure. Dans Paris énigmes (Les vacances, Autrement n°111, janvier 1990), JF Vilar nous explique comment il organise ses voyages à Paris "lors des quelques semaines de vacances" qu'il s'accorde l'été. Il écrit qu'il aime traverser Paris sur une Raleigh Granada ("ce qu'il y a de mieux en ville"). Il omet juste de nous préciser s'il emprunte celle de Victor, ou s'il s'est procuré le même modèle.

     


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