• Nous avons évoqué dans un post précédent le numéro 3 de la revue Tango première formule où se trouve la nouvelle Tandem de Vilar : l'histoire commence au lendemain de la mort de Julio Cortazar, elle est illustrée par des dessins de JFV dont un portrait de Valentina (de Crepax) et un autre avec une femme nue sur une bicyclette.

    Bibliothèque(dessin de Jean-François Vilar, dans Tango n°3, juillet 1984)

    On trouve dans cette même revue un texte de Cortazar, Hommage à une jeune sorcière, écrit au sortir de la "pièce" Le diable, de et avec Rita Renoir, où l'écrivain parle tour à tour de Heinz von Cramer, de Valentina, de hérissons pris dans les phares des autos, et de Rita, de la nudité sauvage de Rita. Surtout.

     BibliothèqueBibliothèque

    (Valentina, bien sûr, et Rita Renoir, photo dans Tango n°3)

    "D'une manière ou d'une autre il faut saisir le hérisson de la pelote et en tirer le bout, transformer peu à peu en fil linéaire sa sphéricité acharnée".

    Le hérisson-pelote de Cortazar est l'image du texte en train de s'écrire autour d'une révélation : celle de la nudité, nudité fantasmée de Valentina performée par Rita Renoir. L'écrivain réussit à glisser la main jusqu'à la chair rose, à trouver le chemin au beau milieu des piquants et à démêler la pelote acérée des "irruptions de souvenirs".

    A la lecture de ce texte, je pense, moi Louise Lame, experte en nudité urbaine et autres dégrafages de corsage sous les portes cochères, aux femmes nues (mises à nu) qui traversent les textes de Vilar.

    De la nudité comme effraction et désordre.

    Car il faut bien continuer à saturer l'espace public de nos désirs.

     


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  • 43ème anniversaire de la grande manifestation internationale contre la guerre impérialiste au Vietnam, le dimanche 18 février 1968, à Berlin, à laquelle participe une délégation de 300 français principalement de la JCR : Krivine y défile à côté de Rudi Dutschke, JF Vilar y est probablement aussi, et c'est là que Victor Blainville accompagné de son vieux frère ennemi Marc (futur fondateur du journal Le Grand Soir) rencontre le futur cinéaste Adrien Leck et le futur écrivain-scénariste Joaquim Solo (cette rencontre est racontée dans Les exagérés).

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    Guevara n'est mort que depuis 4 mois et son fantôme plane au-dessus de la manif !

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    Il y a foule, mais en se concentrant fortement sur l'image, on peut apercevoir Victor, Marc, Adrien et Joaquim tout au fond, passant devant le lampadaire.

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    Que sont nos camarades devenues... ?

    NB : les photos 2 et 3 sont issues du site du photographe Gérard-Aimé ( http://www.gerard-aime.com/phototheque/ ). Allez-y voir, y'en a plein d'autres !

     


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  • Sur le site de l'INA, une émission d'Apostrophes consacrée au "polar français". (ici)

    On est le 19 avril 1985 : 4 des 7 invités arborent un badge "Touche pas à mon pote".

    JFV parle de son roman Etat d'urgence entre 0h30 et 0h40. Pivot fait intervenir dans la conversation le flic-écrivain Hugues Pagan ; quelle est la nature du regard que JFV lui jette alors ? Puis JFV reprend la parole vers 0h42-0h43 pour évoquer Meurtres pour mémoire de Daeninckx, puis encore vers 1h09. Toujours la gauloise à la main !

    Cette émission a longtemps été en accès payant sur le site de l'INA. Dépéchez-vous de la visionner, l'accès libre pourrait ne pas durer !

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  • 27ème anniversaire de la mort de Julio Cortazar, écrivain argentin naturalisé parisien, mort à 69 ans le dimanche 12 février 1984 à Paris, enterré au cimetière Montparnasse. Entre 1984 et 1987, Jean-François Vilar l'a cité de nombreuses fois, son livre Cronopes et fameux, ses tangos écrits sur des musiques d'Edgardo Canton : 

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    "A la fois craintif et exalté, le voyageur pénètre dans la ville d'un pas de chat en territoire étranger". (citation de Cortazar en exergue de Bastille Tango)

     


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  • La scène se passe dans une librairie. Une discussion entre un auteur, une libraire. Il y a des liens, semble-t-il, des connivences. Nous sommes à l'automne 94. Michelle Ferradou et JF Vilar fument, parlent de l'engagement en politique, en littérature, dans la vie. Elle feuillette un livre blanc et carré qu'elle ouvre au début de ce qui semble être une nouvelle, p.61 : Rue de Prague, Jean-François Vilar. Gros plan.

    En 2010, au moment ou nous visionnons le documentaire de P-A Sauvageot, la librairie, la terrasse de Gutenberg existe toujours. 9 rue Emilio Castelar, à l'angle de la rue de Prague. Michelle Ferradou y est toujours libraire.

    Un jour de printemps, nous sommes allés la voir, pour lui demander dans quel ouvrage pouvait bien se trouver la nouvelle. Une fois entrés dans la librairie, nous n'avons pas osé imédiatement faire resurgir les fantômes. Il nous fallait un peu de temps. Nous agissons avec d'infinies précautions. Mais voilà, il fallait bien poser des questions : il y a seize ans, nous cherchons un livre blanc, petit, une nouvelle, Jean-François Vilar, Prague, Victor B, Sauvageot, le réel, 95¨% parait-il, ici même, oui, à la terrasse, on en est sûrs, vos mains mêmes qui le feuilletaient. Alors ?

    La libraire cherche dans ses souvenirs, la taille, la couleur, l'objet, le livre. Elle finit par se rappeler l'existence d'une plaquette de 78 pages, imprimée à Tusson en Charente, avec la photo d'un pingouin sur la couverture, un recueil réalisé en octobre 93 pour les 10 ans de la Terrasse. Un opuscule que Michelle Ferradou cherche dans la librairie pour finir par le trouver sous un escalier, dans un carton. Un qui reste. Pour nous.

    Un mystère praguois élucidé.

    Comme JFV et Michelle dans la nouvelle (puisque depuis nous l'avons lue), nous sommes allés dans un bistrot face au marché d'Aligre, boire un verre. Observer l'objet, devant, derrière. Non massicoté, promesse à venir.

    Jour de fête.

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    Bibliothèque (autres photos : ici)

     


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  • 49ème anniversaire de la manifestation appelée par le PCF, le PSU, le Mouvement de la paix, la CGT, la CFTC, l'UNEF, le SGEN, la FEN et le SNI, contre les attentats de l'OAS et pour la paix en Algérie, jeudi 8 février 1962. Cette manif interdite par la préfecture de police, sera réprimée dans le sang, notamment au métro Charonne, où il y aura 8 (ou 9) morts.

    "Oui, Charonne était une date importante. Ma première manif. Le rendez-vous était devant le cinéma Lux. Mon père me tenait la main. Il n'allait jamais aux manifs. Celle-là, il m'avait dit qu'il fallait. J'avais dit (bon sang, j'étais un gosse) emmène-moi. Il avait répondu : d'accord. Avec un ton un peu grave. Nous étions loin de la station de métro, quand il y avait eu la charge. Très loin. Il avait quand même fallu se réfugier sous une porte cochère, rue de Montreuil, pour se protéger des flics déchaînés. Je n'avais pas eu peur. Cette absence de peur était même mon souvenir intime le plus précis. Avec ce sentimant d'être démuni, de n'avoir rien en main, et pourquoi pas des armes, puisque les autres en avaient." (Bastille Tango, chapitre "Cour de février", situé en février 1985)

    Le souvenir remonte donc à Victor à l'occasion du 23ème anniversaire de la manif. Victor n'avait pas encore 15 ans. C'est aussi une des rares fois (la seule ?) où il évoque son père, l'adulte important de son enfance ayant semble-t-il été plutôt sa grand-mère (Nous en reparlerons...).

    Cet événement a marqué tous les contemporains, et par exemple, dans un livre sorti récemment, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux, qui se situe dans des lieux presque "vilariens" (Cité Crussol, Cirque d'hiver, "chez Victor" au fond de l'impasse Compans...), Robert Bober évoque cet événement, ainsi que la manif qui a suivi pour les obsèques des victimes, le mardi 13 février 1962 : "Les premiers rangs de la foule avaient atteint le Père-Lachaise avant que les derniers, au-delà de la République, aient pu se mettre en marche. Paris n'avait pas vu un tel cortège depuis des années. Combien étaient-ils, ces hommes et ces femmes, agglutinés dans la lente montée de l'avenue de la République, suivant les obsèques des huit manifestants tués le 8 février?"

    Le narrateur évoque aussi ces vieux juifs communistes rescapés des camps d'extermination, qui défilent pour dénoncer le fascisme de l'OAS et la répression de la police française : "Des déportés ont remis leur pyjama rayé d'il y a vingt ans. L'étoffe est délavée, fanée, grise comme celle d'un vieux drapeau."

    Une scène totalement incroyable pour nous aujourd'hui !

     


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  • En lisant JF Vilar, nous avons une forte tendance à tout imaginer en noir et blanc, dans un décor parisien semblable aux photos d'Atget, Marville, Daguerre, Brassaï, Doisneau ou Ronis, ou aux films de Feuillade ou Carné (décors de Trauner). A moins que ce ne soit dans le noir et blanc plus récent des films souvent cités de Godard (A bout de souffle) ou Wenders (Au fil du temps, Alice dans les villes)...

    Pourtant, d'autres références nous font signe dans les romans de JFV. Les scènes situées dans les années 60-70 ou les scènes contemporaines pourraient avoir les couleurs de Bonnie and Clyde, Il était une fois l'Amérique ou du pont de Bir-Hakeim dans Le Dernier tango à Paris...

    Mais encore... Vilar cite Jacques Monory comme son peintre favori. Dès C'est toujours les autres..., il y a une scène au Musée Beaubourg devant Meurtre n°10/2, "la toile immense, longue et bleue de Monory. Une vue monochrome, méticuleuse d'un appartement au modernisme daté (les années 60 ?). Derrière les vitres d'une baie, un corps allongé, un cadavre sans doute. A gauche, un homme fuit. Presque au milieu de la toile, un miroir. Un vrai, éclaté. Il y a plusieurs impacts de balles. Ultraviolence au 500e de seconde. Rien ne s'effondre, tout est gelé (...). Et mon reflet dans le miroir brisé."

    Dans Passage des singes, Victor possède chez lui une "petite litho de Monory (...) bleu glacé". Et dans Bastille Tango, c'est un "grand tableau" qui orne son appartement : Diamondback.

    Peut-être devrions-nous relire les romans de JF Vilar à travers un filtre bleu glacé ?

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         (Jacques Monory, Meurtre n°10/2, 1968)

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       (Jacques Monory, Diamondback, 1979)

     


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  • Robert Capia n'a plus de boutique galerie Véro-Dodat. Cela fait quelque temps maintenant. Sans la boutique de Robert, un des plus beaux passages couverts parisiens cherche sa raison d'être.

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    Victor B y avait ses habitudes. Il aimait bien boire un verre au Café de l'Epoque et y croiser des femmes comme par hasard. Il y retrouve Rose dans C'est toujours les autres qui meurent, plantée devant la boutique de jouets anciens de Capia. "Captivée par les poupées". Elle y observe une poupée en particulier : "la poupée a un corps de porcelaine plus blanc que rose. Les membres sont à la fois dodus et d'une extrême finesse. Superbe robe de velours bleu, bordée de dentelle."

    C'est presque la même poupée qui réapparait dans le feuilleton Paris d'Octobre paru dans le Matin en octobre 1985 : "teint délicat. Robe de velours." Encore.

    Cette fois, Robert Capia intervient en chair et en os, en tant qu'ami de Victor. Il identifie un bébé-phonographe de Jumeau datant des années 1880-85. Il s'agit d'une poupée parlante dont Robert répare le mécanisme pour faire entendre la voix de Lady l'Arsouille, l'intrigante héroine de Paris d'octobre.

    Bibliothèque

      (Le magasin de Robert Capia, dessin d'Erik Desmazieres, 2008)

    Depuis, Robert Capia a donc fermé boutique (et je me demande bien où il a pu transporter le merveilleux capharnaüm des deux pièces qui donnaient sur la galerie).

    L'année dernière il enseignait encore à des futurs commissaires-priseurs  la connaissance des objets anciens. Il continuait aussi à fréquenter la librairie Delamain place Colette où je l'ai croisé, comme par le passé.

    La galerie Véro-Dodat, elle, a perdu son âme.

    Et moi Louise Lame, j'y erre comme un fantôme. Les vitres vidées de ses occupants en celluloid et porcelaine ne reflètent plus que mon manteau entrouvert sur ma robe de soie noire.

     


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  • 274ème anniversaire de la naissance, le 30 janvier 1737,  à Stockach, pays de Bade, de Philipp Wilhelm Mathé, connu sous le nom de Curtius, médecin anatomiste, barbier, et fameux céroplaste (sculpteur sur cire), fondateur à Paris de plusieurs "cabinets" d'exposition de ses portraits (au Palais-Royal, sur le boulevard du Temple), marié à Marie Grosholtz, future Madame Tussaud.  

    (événement évoqué dans Les Exagérés)

    Arrière-boutique

                   Autoportrait présumé de Curtius



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  • "L'image de la femme et l'image de la mort s'unissent dans une troisième image qui est celle de Paris", écrit Walter Benjamin en parlant de Baudelaire dans Le Livre des passages

    En mai 1984, JFV place cette phrase en exergue de sa nouvelle Tandem, écrite pour le n°3 de la revue Tango : la structure du récit est une sorte de marelle (le récit commence le lendemain de la mort de Cortazar !), un jeu de l'oie parisien grandeur nature dans lequel Victor B résoud des énigmes pour retrouver une femme qui, comme souvent dans les textes de Vilar, meurt, assassinée.

    Cette stucture du jeu de piste ainsi que les apparitions féminines, érotiques et tragiques hantent l'oeuvre de JFV. Les héroines, comme des images projetées par une lanterne magique, se succèdent, toutes différentes et semblables à la fois.

    On pense alors à l'inquiétant - et magnifique - générique du Fantomas de Feuillade, où l'on voit les transformations et camouflages du meurtrier qui n'est pas sans nous faire penser à Sybille qui dans Tandem change de couleur de cheveux à chaque rencontre, s'amuse à revêtir différents aspects.

    Mais il ne s'agit pas seulement d'un simple jeu avec les apparences. Vilar illustre sa nouvelle par des dessins d'après photos d'actrices ou héroine de BD (plus Jarry qui passe sur sa bicyclette !?) : Lauren Bacall, Greta Garbo, Marlène Dietrich, la Valentina de Crepax, Louise Brooks, Faye Dunaway, Charlotte Rampling... un peu comme si Feuillade ne filmait pas toujours le même visage mais une succession de portraits réels et imaginaires : Nadja, Louise Lame, Musidora, Irma Vep, la comtesse de Castiglione, Kiki de Montparnasse, la Môme Bijoux, etc.

    Tous ces visages n'en faisant qu'un. Celui d'une femme vouée à la mort. Comme si l'on savait, en la croisant, qu'on allait retrouver la passante de Baudelaire assassinée près du canal saint Martin.

     


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  • 156ème anniversaire de la mort, dans la nuit du 25 au 26 janvier 1855, de Gérard de Nerval, retrouvé pendu par des chiffonniers, au matin, dans Paris sous la neige, rue de la Vieille-Lanterne (rue disparue dont l'emplacement devait se trouver à peu près au niveau "du trou du souffleur du théâtre Sarah Bernhardt" - même si la stèle commémorative a été placée à quelques pas de là, dans le square de la Tour St Jacques.)

     


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  • Qu'est-ce que le faux en art ? JF Vilar a commencé à écrire sous le signe de Marcel Duchamp, lequel a signé des objets industriels, des reproductions de ses oeuvres (les "multiples"), une reproduction de la Joconde avec des moustaches (la célèbre L.H.O.O.Q.), puis plus tard une reproduction intouchée intitulée "Rasée"...

    Quelle est la valeur d'une signature ?

    Dans Passage des singes, Dennis Locke, peintre devenu trop vite célèbre appose sa signature au bas de toiles peut-être bien peintes par les pinceaux d'un autre. Des faux ? Dans Passage des singes toujours, notre ami Victor observe dans l'appartement de Ruth Freytag les tableaux sur les murs : Rauschenberg, Warhol, Hockney, Bacon... et un Derwatt, "faux comme tous les Derwatt, mais c'est un beau tableau." !?

    Rauschenberg, Warhol, Hockney, Bacon... tous dans notre musée imaginaire ! Mais Derwatt ? En cherchant un peu, nous tombons sur sa biographe officielle... Patricia Highsmith. Le peintre Philip Derwatt s'est suicidé en Grèce à la fin des années 60. Devant le succès de ses toiles, ses marchands décidèrent de taire sa mort. Puis, ses toiles à vendre s'épuisant, sur les conseils d'un nommé Ripley (le nom d'un des chats de Ruth Freytag), ils engagèrent un peintre talentueux mais fauché pour peindre des Derwatt plus vrais que les vrais ! Le critique Michael Dirda notera qu' "il n'y a pas de distinction d'importance entre ce qui est réel et ce qui est seulement apparemment réel."

    Qu'est-ce que le faux en art ? Qu'est-ce que le réel en littérature ?

    Dans Nous cheminons..., Alfred Katz, visitant l'Exposition internationale du surréalisme, observe des oeuvres de Man Ray, Max Ernst, Bellmer, Masson, Meret Oppenheim... et un petit tableau de Saul Abrisis ("Marat, assassiné dans sa baignoire, façon David, veillé par le couple glébeux de l'immortel Angélus, de Jean-François Millet. Tableau qui fait baver de rage Dali.").

    Man Ray, Ernst, Bellmer, Masson, Meret Oppenheim... tous dans notre musée imaginaire ! Mais Saul Abrisis ? Quelqu'un saurait nous dire qui est ce Saul Abrisis ?

    (Un chat dans le passage miaule : "Un anagramme ?"

    - Un anagramme de quoi, de qui ?

    Nous n'obtenons qu'un silence félin.)

     


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  • "Dans une odeur de café grillé, sous une voûte de sacs de charbon, parmi les contorsions d'une somnambule, on a verni cette nuit l'Exposition internationale surréaliste."

    Ainsi débute un des articles écrits au lendemain de l'inauguration de l'expo surréaliste du 17 janvier 1938. [Voir ici la collection de coupures de presse de Breton]

    C'est dans le Paris rupin, au 140 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8ème), que Breton et ses comparses ont décidé de fomenter une de leurs machinations à affoler le bourgeois. Cette fois c'est Duchamp en personne qui a orchestré le tout.

    Alfred Katz, le héros de Nous cheminons... qui a suivi les préparatifs, partage une flasque de whisky avec Man Ray et fait partie de la foule qui se presse pour respirer un léger parfum de scandale, se frotter à la mise en scène gentiment érotique du gratin surréaliste, histoire d'oublier le temps d'une soirée que ça sent la guerre, pas très loin.

    Il "se fraye un chemin dans la cour qui mène à l'exposition. Là où le Taxi pluvieux de Dali est exposé. Il fait recette." (ici et ) "Tout cela brille et pue un peu. Eructations, pamoisons. Katz entre dans la galerie."

    Dans la galerie, le long du couloir, on marque l'arrêt devant les 16 mannequins qui jalonnent "les plus belles rues de Paris" : femme en cage, prise dans des filets, surmontée d'une chauve-souris... jolie collection de fantasmes en hommage à la capitale du désir.

     

    Plus loin, c'est la salle principale "Elle est presque totalement obscure, écrasée par le plafond de sacs de charbon voulu par Duchamp. Les invités errent, en se bousculant, leur petite lampe Mazda à la main qui n'éclaire pas à un mètre. Man Ray, M. Rayon, ricane. (...) On n'y voit rien ou presque, on se bouscule poliment, avec des petits rires étouffés."

    Visiteurs de l'expo surréaliste de 1938

     

    Evidemment, l'exposition surréaliste ne peut être qu'un lieu de rencontre. Comment imaginer ne pas y tomber amoureux ? Ne pas  y trouver l'amour fou ?

    Ce sera donc rue de Tous-les-Diables, devant le mannequin de Max Ernst : "Une jeune femme est penchée sur elle, justement. Du bout des doigts, elle évalue la courbure de la cuisse de cette statue qui semble être son amie, n'hésite pas à relever le pli de la robe juqu'à la hanche puis, lâchant tout, se campe dans une posture de défi. (...) - Je suis plus belle qu'elle."

    Quant à moi Louise Lame, j'aurais bien aimé croiser le regard de Corsaire Sanglot rue de la Transfusion-de-Sang (parce que Rouge c'est la vie !).

     


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  • "Je suis entré par la rue Saint-Denis." C'est l'incipit du premier texte publié par JF Vilar, C'est toujours les autres qui meurent. Le narrateur vient de pénétrer dans un passage couvert parisien. Et nous lecteurs venons de pénétrer dans l'univers littéraire de JF Vilar.

    A relire ce roman après avoir lu tous les autres, il est étonnant de constater à quel point le premier chapitre introduit toute l'oeuvre de JFV. Donc : ça se passe à Paris. Dans un passage couvert (Passage du Caire). Il y a un corps féminin nu (une poupée, un mannequin... ou un vrai cadavre ?). Il y a une mise en scène, érotique. Et référencée (Marcel Duchamp, un franc-tireur du surréalisme). Il y a une ambiguité entre simulacre et réalité. Le narrateur prend des photos. Il nous précise la date et l'heure (vendredi 19 juin, 18h). Il ressort du passage, photographie (la rue, les putes) - il pense à des photos d'Atget, nouvelle référence. Il déteste le téléphone. Il a 3 chats (nommés Kamenev, Zinoviev et Radek). Il a milité autrefois dans une "orga" politique (il avait un pseudo), il l'a quittée. Il se nomme Victor Blainville. Il s'arrête dans un bar, il boit une bière. Il récupère son vélo.

    Voilà. C'est toujours les autres qui meurent, pages 9 à 24. Entrée en scène de Victor Blainville. Entrée en littérature de Jean-François Vilar.

     


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  • Quelle est la probabilité pour qu'à une journée d'intervalle, vous rencontriez dans deux ouvrages différents le même patronyme : Zborowski ?

    L'un de ces ouvrages est le premier volume des aventures d'Adèle Blanc-Sec qui fait partie tout comme moi (Louise Lame) de la liste des héroines de fiction favorites de Jean-François Vilar. La mystérieuse Adèle rencontre dans un train Antoine Zborowsky qui perdra par la suite la raison en voulant courir à la fois l'aventurière et le ptérodactyle.

    Le second ouvrage parcouru quelques heures plus tard est Nous cheminons... A la page 209, Victor note : "Au crayon, de manière très fine, il y avait une petite mention manuscrite au bas de la page du carnet. Un simple nom. "Marc Zborowski" ". Ce Zborowski-là ne travaille pas au Museum d'Histoire naturelle comme celui de Tardi. Il roule pour Staline et a infiltré les trots parisiens en devenant le secrétaire de Liova Sedov. Il est  probablement responsable de quelques fronts troués...

    Entre ce Zborowski ayant réellement existé et celui de Tardi, pâle et falot à qui l'on doit malgré tout un joli rêve traversé par Adèle nue au milieu des dinosaures, peut-être n'y a-t-il aucune point commun ? Peut-être ne sont-ils réunis sur ce blog que par des hasards de lectures ?

    Des hasards, ces chemins qui mènent d'une oeuvre à une autre ? Il suffit parfois d'un mot, un patronyme, un lieu, une expression, une image... pour susciter d'intrigantes résonnances.

     


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