• "Nous n'avons pas dénoncé nos amis étrangers"

     "Nous n'avons pas dénoncé nos amis étrangers"

    (photo de Denis Roche, 1984)

    Dans son numéro 33 de décembre 1990, la revue 813 mène une enquête auprès des auteurs sur leurs relations avec l'édition. Jean-François Vilar, dans sa réponse intitulée "Des rapports amicaux", écrit : "Au Seuil, Denis Roche qui est un ami, m'a proposé de publier dans sa collection Fiction & Cie. Collection pour laquelle, en tant que lecteur, j'ai la plus totale estime. C'est là que j'ai publié Les Exagérés. C'est là que paraîtra dans quelque temps mon prochain roman."

    Denis Roche et Vilar s'étaient connus à France-Culture, ils avaient des affinités : la littérature, la photographie... La politique aussi ; on trouve la trace de plusieurs pétitions où figurent parmi d'autres leurs deux signatures. En 1999, à propos du 17 octobre 1961, ils signaient "pour que cesse l'oubli". En février 1997, ils signaient un appel initié par Dan Franck : "Nous, écrivains et auteurs français, déclarons:

    "Nous sommes coupables, chacun d'entre nous, d'avoir hébergé récemment des étrangers en situation irrégulière. Nous n'avons pas dénoncé nos amis étrangers. Et nous continuerons à héberger, à ne pas dénoncer, à sympathiser et à travailler sans vérifier les papiers de nos collègues et amis.

    "Suite au jugement rendu le 4 février 1997 à l'encontre de Mme Jacqueline Deltombe, «coupable» d'avoir hébergé un ami zaïrois en situation irrégulière, et partant du principe que la loi est la même pour tous, nous demandons à être mis en examen et jugés nous aussi. Enfin, nous appelons nos concitoyens à désobéir pour ne pas se soumettre à des lois inhumaines. Nous refusons que nos libertés se voient ainsi restreintes."

    Denis Roche est mort il y a 4 jours. JF Vilar est mort il y a bientôt 10 mois. Entre ces deux dates, plus de 2000 migrant.e.s sont mort.e.s en Méditerranée. Des centaines d'autres sont mort.e.s en franchissant d'autres frontières. Combien sont mort.e.s depuis que Denis Roche et JFV avaient signé cet appel il y a plus de 18 ans ? Combien n'ont pas eu le temps de devenir nos ami.e.s ? Il y a 10 jours, on a retrouvé 71 cadavres dans un camion frigorifique fermé abandonné sur une autoroute autrichienne. A Paris, des centaines de migrant.e.s campent ou squattent où ils peuvent et se font harceler par les flics du gouvernement socialiste. Hier soir à Paris, place de la mairie du 18e arrondissement, les migrant.e.s et leurs soutiens ont encore été bousculé.e.s et empêché.e.s de bâcher leur campement pour se protéger de la pluie. Comme Denis Roche et JF Vilar il y a 18 ans, nous sommes coupables. Coupables de manifester, coupables de soutenir les sans-papiers, coupables d'accueillir les migrant.e.s, coupables d'avoir honte, coupables d'être en colère, coupables d'être prêt.e.s à "désobéir aux lois inhumaines".

    Hypocrites ! Vous déclenchez les guerres, et vous fermez les frontières !

    "Nous n'avons pas dénoncé nos amis étrangers"

    (photo de Sarra Majdoub, 05/09/2015)

     


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