• Retour à Buenos Aires

    Dans le n° 19 du journal Mic-Mac daté d'octobre 1985, JF Vilar parle du roman qu'il est en train de terminer ("un travail très présent, encore tumultueux"), sur la destruction d'un coin de Paris, la place de la Bastille : "Je parlerai aussi de quelques villes imaginaires, aléatoires. Venise, Prague ? Pour cette fois, ce sera Buenos Aires. Qui n'existe pas, comme tous les Argentins en exil vous diront. Ce sera Buenos Aires à cause d'une chanson de Carlos Gardel (né toulousain) et qui s'appelle "Volver". "Revenir". Une chanson bouleversante. Car pour moi qui suis de Paris depuis toujours, il y a toujours cette impression étrange, chaque matin de revenir. Comme l'assassin revient sur les lieux d'un crime qui n'est peut-être pas le sien".

    23 ans après la parution de Bastille Tango, Vilar revient à Buenos Aires. Où il n'est peut-être jamais allé. A moins qu'il ne s'agisse de Victor. Dans les pas de Lea Lublin, elle-même sur les traces de Marcel Duchamp, alias Victor pour certains de ses amis. On s'y perd. Ou on s'y retrouve, au contraire. C'est pareil.

    La nouvelle que nous venons de lire est signée V (Vilar, Victor ?), intitulée Volver (avec un V). Elle a été écrite pour le catalogue d'une expo d'un peintre né argentin. Installé à Paris. C'est une grande nouvelle ! 10 pages. Non, ce que nous voulons dire, ce qui est une grande nouvelle, c'est que nous avions perdu la trace de Victor (Victor B), vers Prague... vers 1993... 

    Et nous retrouvons sa trace, en 2009, à Buenos Aires, devant une boîte aux lettres sur laquelle est gravé VICTOR. V gravit les escaliers d'un immeuble abandonné et se retrouve au 1er étage, dans un atelier : une fenêtre (Fresh widow), une partie d'échecs sur une vieille page de journal... Duchamp séjourna à Buenos Aires de septembre 1918 au 20 juin 1919. 

    Plus tard, le voici devant un cinéma aux grilles fermées et rouillées. 2 films sont à l'affiche : Invasion de Hugo Santiago et Blow up d'Antonioni (une histoire de photographe), dont le scénario s'inspire d'une nouvelle de Julio Cortazar, Les fils de la Vierge. 

    Et V de continuer à tirer les fils de la pelote, ou bien de démêler le hérisson du souvenir, pour voir où ça mène. Cortazar, donc. Qui arriva à Buenos Aires en 1918, comme Duchamp. Et qui quitta l'Argentine en 1951, comme Antonio Segui. Nous y voilà.

    Lectures au passage 

    Dans les rues de Buenos Aires - à moins que ce ne soit dans les peintures d'Antonio Segui - envahies de passants portant le chapeau sur l'oeil, de passantes au déhanché de danseuses de tango. Victor, "témoin oculiste", son appareil photo en bandoulière, croise même 2 ou 3 passantes nues que personne ne remarque. Il devine les fantômes des disparus de la dictature militaire, s'inquiète d'une vieille Ford Falcon garée au coin de la rue. On entend la voix de Carlos Gardel, qui n'est pas mort le 24 juin 1935 dans un accident d'avion. Puisque c'est toujours sa voix qui plane sur Buenos Aires, même quand c'est un autre qui chante. Nostalgias.

     (paroles d'Enrique Cadicamo, ami de Gardel ; version chantée par Charlo, Buenos Aires 1936)

     


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 7 Juillet 2011 à 00:09

    Très joli !

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