• Rue de Vaugirard

    Il y a des endroits de Paris qui sonnent creux. Blancs, vides, des blocs de silence. On y marche comme avec des pantoufles. On espère une quelconque embrouille de carrefour qui mettrait de l'animation. En vain, généralement. Les habitants sont imprégnés de l'esprit du lieu, pas un mot plus haut que l'autre, des regards baissés, le moins de gestes possible. Pas d'esclandre, nuls éclats.

    Rue de Vaugirard puisqu'il s'agit d'elle. Nous longeons un immense commissariat dont la plaque nous apprend qu'il a été inauguré par Pasqua, Chirac et Balladur. L'envie nous prend de changer de trottoir mais le complexe d'hôtellerie internationale qui se trouve juste en face ne nous tente guère plus et avec un peu de malchance il aura été inauguré par un autre larbin du capitalisme.

    Nous continuons donc. Ce que nous cherchons ne doit pas se trouver bien loin de la maison poulaga version Ricardo Bofill. Quelque chose de plus modeste, une boutique de bouquiniste, celle de Blaise Faible, l'antipathique personnage de Nous cheminons...

    Nous savons qu'en 1938 Alfred Katz "situait précisemment le bouquiniste rue de Vaugirard, entre la rue du Général-Beuret et la place Adolphe-Chérioux. Tant il est vrai que les rues du XVe arrondissement semblent vouées à la mémoire des héros injustement méconnus". On ne lui fait pas dire. En 1989, Victor B retrouve la boutique, elle est "étroite, avec des boîtes sur le trottoir. Quoi ? Des vieux polars comme il convient, Série Noire cartonnée, vieilles revues Ellery Queen, Mystère mag. Un Mystère, La Chouette. Des livres aussi de Calet, de Guèrin. Des Huguenin, beaucoup de Céline, de Drieu. Tout un programme écléctique un peu trop proclamé".

    En 2011, le bric-à-brac a fait place à du velin, doré sur tranche. Il n'y a plus de bacs à l'extérieur mais des statues en devanture. Les temps changent.

    Bibliothèque Bibliothèque

    Sur la porte vitrée nous pouvons lire le nom du libraire. Pas Blaise Faible, non...

    Bibliothèque

    Nous entrons, en imaginant que nous allons entendre un récit du type "Ah mais oui, Jean-François, nous étions ensemble en classe, il me tirait les nattes...." Mais Marianne Katz nous écoute, avec des grands yeux éberlués : un auteur, Vilar, dont elle connait à peine le nom, un personnage nommé Katz qui serait passé dans le coin en 1938, dans un roman qu'elle n'a pas lu, paru en 1993... Elle nous dit avoir repris la boutique en 2001. Elle ne comprend pas grand chose à notre histoire...

    Nous, on commence à entrevoir la porosité des cloisons entre fiction et réalité... même rue de Vaugirard.

     


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